Soutenance de thèse

Écrire, traduire et conserver les lettres missives à Metz. Enjeux documentaires et domination sociale des paraiges (XIVe-XVIe siècles)

De Amélie Marineau-Pelletier - Centre de recherches historiques - CRH

Résumé

Conservée aux Archives municipales de Metz se trouve actuellement une collection de près de 1500 documents épistolaires datés entre 1383 et 1548 qui concernent la résolution de conflits entre la ville de Metz et les juridictions voisines. Mais, pour quelles raisons et à quelle fin les autorités urbaines accordèrent-elles tant de valeur à ces documents, justifiant d’en assurer la préservation sur la longue durée malgré leur nature éphémère une fois résolue la requête exposée dans la lettre ? Ce sont à ces questions que tente de répondre cette thèse. Par l’analyse détaillée de ce fonds documentaire pris dans son ensemble, il a été possible de porter un regard renouvelé sur la fabrique du pouvoir à la fin du Moyen, en plaçant au cœur de notre réflexion l’effet des pratiques documentaires sur la construction de la légitimité de la domination dans l’espace lorrain des groupes élitaires et détenteur du gouvernement de la ville de Metz : les paraiges.  En nous fondant sur les apports récents de l’anthropologie de l’écrit et de l’anthropologie juridique, nous avons choisi d’adopter une approche documentaire qui consiste à examiner quantitativement et qualitativement les divers aspects (composition, matérialité, contenu) du fonds archivistique des lettres missives (AA18-AA28). Pour ce faire, nous avons eu recours à trois logiciels : Filemaker (analyse des éléments du système documentaire), TXM (analyse de textométrie) et QGIS (analyse des données spatiales). En considérant la collection comme un véritable système documentaire, il a été possible de révéler les liens structurant l’ensemble des pièces qui la composent (lettres originales, traductions, brouillons, copies, etc.) et de proposer quelques voies d’explication des fonctions médiévales de leur préservation pour les élites urbaines messines. L’analyse sérielle du matériel épistolaire a ainsi fait ressortir les fonctions juridiques, politiques et sociales attribuées aux lettres missives et les enjeux pour les paraiges de les préserver sur la longue durée. Plus qu’une question d’échange d’information, les lettres missives analysées possédaient une force motrice, puisqu’elles engageaient, voir contraignaient leurs destinataires à porter une action dans le but de rétablir les liens sociaux rompus ou mis à mal par la perpétration d’actions violentes considérées illégitimes.  Inscrits dans le contexte des procédures amiables de la gestion de conflits issus de la faide, les choix conscients effectués par les paraiges pour assurer la préservation de ces documents et pour traiter cette volumineuse masse documentaire sont autant d’actions qui intervenaient dans la construction de l’image qu’ils se forgeaient d’eux-mêmes. Les lettres préservées gardent la trace d’un pouvoir urbain autonome et puissant, qui était profondément inscrit dans la hiérarchie complexe de l’aristocratie locale (urbaine, seigneuriale ou ecclésiastique). La thèse permet de mettre en évidence certains aspects de la domination sociale des paraiges peu pris en compte par la recherche et de mieux saisir les rapports étroits entre l’écrit, le gouvernement, l’espace et la construction de l’autorité, offrant une vision renouvelée de l’histoire messine à la fin du Moyen Âge.

Jury

  • M. Pierre Monnet (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Kouky Fianu (Directrice de thèse), Université d’Ottawa
  • M. Etienne Anheim, EHESS
  • Mme Brigitte Bedos-Rezak, Université of New York
  • M. Christophe Duhamelle, EHESS
  • Mme Corinne Gaudin, Université d’Ottawa
  • Mme Sylvie Perrier, Université d’Ottawa
  • M. Olivier Richard, Université de Strasbourg

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 17 décembre 2020 - 14:00
Lieu(x)
  • Université d’Ottawa