Soutenance de thèse

Agir en système pour conserver l'ordre social : le positionnement politique des élites religieuses au Liban

Résumé

Il s’agit tout au long de ce travail d’approcher le politique au Liban, dans sa praxis, en interrogeant les actions d’une catégorie spécifique d’acteurs, les élites religieuses libanaises institutionnalisées. En se penchant sur leurs positionnements politiques, il s’agit d’observer dans quelle mesure la barrière confessionnelle entre ces chefs communautaires est transcendée au profit d’un objectif commun : conserver l’ordre social en vigueur. Pour cela, il convient de se pencher tout d’abord sur les ressources dont disposent ces acteurs pour asseoir et légitimer leur investissement dans le champ politique. Ces ressources sont à la fois d’ordre historique, fruits d’un héritage divergeant certes d’une communauté à l’autre, mais s’inscrivent également dans un cadre structurel et juridique spécifique qui tend à uniformiser les pratiques positionnelles, et qui confère à chacune des instances institutionnalisées les moyens d’un encadrement sociétal. Les ressources d’ordre charismatique et propres à chaque leader ne sont bien évidemment pas à négliger. L’étude des pratiques du positionnement implique de se pencher sur les vecteurs véhiculant la prise de parole, mais également la temporalité et la fréquence dans laquelle cette parole s’insère. Le discours politique se caractérise également par une uniformité flagrante de la rhétorique et du vocabulaire utilisés par ces dominants. La défense d’une cause, à laquelle est liée l’identité du groupe communautaire, le calibrage des stratégies de communication, ainsi que la préservation d’un équilibre nécessaire à entretenir avec le champ politique en terme de distance, sont autant de règles conditionnant la légitimité du discours produit. Ces positionnements n’étant pas sans défis, les acteurs religieux institutionnalisés se doivent également de gérer à la fois la concurrence d’outsiders proposant un discours moins uniforme et donc plus attractif, mais également les potentielles dissensions caractérisant les acteurs du champ religieux, ainsi que leurs relations avec ceux du champ politique. Gérer ces concurrences potentielles implique d’œuvrer en commun, en système, conjointement ou concomitamment, pour produire un discours des élites pour les élites, promouvant la sauvegarde d’un ordre social. En s’affranchissant des grilles de lecture communautaires ou clientélaires, à travers l’observation des positionnements d’acteurs disposant principalement d’un capital symbolique, nous sommes amenés à caractériser la formation d’un nouveau champ des élites de la conservation regroupant les acteurs religieux, mais également une partie du personnel politique œuvrant en vue de cette conservation de l’ordre social.

Jury

  • M. Hamit Bozarslan (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Ahmad Beydoun, Université Libanaise
  • M. Bernard Heyberger, EHESS
  • M. Eberhard Kienle, CNRS
  • M. Henry Laurens, Collège de France
  • Mme Elizabeth Picard, CNRS

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 13 décembre 2018 - 14:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle AS1_23), 54 boulevard Raspail 75006 Paris