Soutenance de thèse

THE ARAB CENTURY opposing trajectories of Arab activism in MENA. What has changed? The case of the Moroccan movement of February 20, 2011

Résumé

Optant pour le MF20 comme principale étude de cas , nous plaidons contre les affirmations de fait nouveau, unique, fructueux, manqué ou achevé de ces mouvements arabes. Nous passons en revue la première décennie du 21ème siècle et la déclaration de la Guerre contre le terrorisme (2003) comme déclencheurs de conflits socio-politiques déjà installés dans la région MENA. La deuxième décennie de ce siècle, à travers les soulèvements arabes, a seulement rendu visibles aux yeux du monde les transgressions des droits de l'homme et les atrocités commises au Moyen-Orient. Ces soulèvements furent rapidement réduits à des soulèvements sporadiques. La troisième décennie semble avoir été malheureusement entre les mains des idéologues de droite qui s’opposent au multiculturalisme et à l'extrémisme religieux, et qui, de fait, en réorientant le débat loin des problèmes sociaux en mettant préférant mettre en exergue l’opposition : « nous contre eux ». Pour ces raisons, nous voyons que les soulèvements arabes sont loin d’être achevés ; ils n’ont fait que débuter. Contrairement à l’image qu’en donne Davis (2013), ils ne s’estompent pas pour disparaître complètement mais seulement pour revenir en force. L'analyse approfondie dans le projet de la saga des luttes de ces mouvements arabes avec les régimes autocratiques arabes, qui n’ont fait rien d’autre que mettre en place des réformes préventives, nécessite de notre part une attention particulière pour les décennies à venir. Même les cas dits « fructueux » ou féconds, notamment la Tunisie et le Maroc, indiquent que ce qui est célébré est en fait un état de stabilité temporaire qui cache des faiblesses majeures et alarmantes dans le cadre du changement social et de la justice sociale ; qui sont deux des principaux déclencheurs du soi-disant printemps arabe. Thomas Friedman fait appel à des détails historiques, dans son excellent article pour le New York Times, demandant à ce que l'expression « Printemps arabe » soit retirée et remplacée par la « Décennie arabe » d'Anthony Cordesman ou le « Quart de siècle arabe ». A notre avis, nous nous situons au-delà. Il nous semble que ce cadre est dépassé et nous assistons en fait à un 21eme Siècle arabe en mutation. Si l’on se fie aux changements politiques récents dans le monde, il apparaît que les changements sociaux dans le monde arabe seront négligés durant au moins une autre décennie. La montée au pouvoir de l’extrême-droite aux États-Unis et en Europe a déjà retiré l’accent des injustices sociales dans le monde arabe au profit de la question éternelle de l'islam et de l'extrémisme en Occident. Cela nous semble offrir une trêve aux régimes autocratiques arabes qui utilisent cette ascension de l'islamophobie en Occident comme un argument unificateur qui cache des injustices sociales au sein de leurs républiques et leurs royaumes. Ainsi, la lutte des citoyens arabes dans les états arabes pour la dignité sociale sera négligée jusqu'à ce que le récit revivifié du choc de l'islam et de l'Occident disparaisse.

Jury

  • M. Michel Wieviorka (Directeur de thèse), EHESS
  • M. James Jasper, City University of New York (Etats-Unis)
  • Mme Daniele Joly, University of Warwick (Angleterre)
  • M. Farhad Khosrokhavar, EHESS

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 01 février 2018 - 14:30
Lieu(x)
  • EHESS - Bureau de M. Michel Wieviorka n° A3.33 (3e étage) , 54 boulevard Raspail 75006 Paris