Soutenance de thèse

Au cœur de l'échange. Les foires et les marchés, entre logiques économiques, enjeux politiques et pratiques sociales (Rhône - XIXe siècle)

Résumé

La complémentarité des approches a affirmé l’enjeu que suscitent les foires et les marchés pour le développement de l’économie, de la politique et des sociétés dans le Rhône au XIXè siècle. Premièrement, une approche géo-économique nous permet d’appréhender leur intégration dans le système commercial qui se met en place. II ne s’agit plus de nier l’existence des rendez-vous locaux en arguant leurs aires de fonctionnement restreintes, mais bien de saisir l’organisation précise d’un espace économique de taille réduite. Bien que temporaires, ils n’en sont pas moins réguliers, et contribuent à façonner l’espace par le biais des échanges et des circuits qu’ils engendrent, et constituent une étape essentielle dans l’affirmation de pôles commerciaux à l’échelle locale, voire départementale. Tout au long du siècle, les foires et les marchés sont des rouages essentiels dans l’approvisionnement des populations rurales, tant en denrées alimentaires qu’en produits manufacturés. En outre, l’inflation de certains droits et l’attrait que représentent les adjudications pour les populations locales, tout comme les investissements communaux croissants, sont autant d’autres preuves de la prépondérance des aspects économiques des foires et des marchés à l’échelle locale. Cette approche nous permet aussi d’analyser la manière dont le semis des foires et des marchés évolue tout au long du siècle. Une localisation réfléchie et un calendrier précis soulignent que les manifestations marchandes s’adaptent aux exigences économiques rurales. Le XIXè siècle se caractérise par une polarisation économique croissante, qui détourne peu à peu les flux de marchandises des places marchandes rurales, les faisant rapidement entrer en concurrence avec les marchés urbains. La rétractation de l’espace-temps contribue également à renforcer l’intégration du Lyonnais dans un espace économique plus vaste, débordant largement sur les départements et régions alentours.  Deuxièmement, une approche politique des foires et des marchés souligne qu’ils cristallisent des enjeux politiques majeurs. Ils sont des lieux d’expression privilégiée de l’interventionnisme de l’État, des occasions de mettre en oeuvre une politique d’encadrement et une souveraineté descendante. Ils sont le creuset d’un nouveau droit, qui révèle la prégnance d'une politique régalienne: le pouvoir central veut garder un droit de regard essentiel sur les affaires qui animent le pays. Ceci accentue la persistance de l’image d’un pouvoir nourricier, paternaliste, voire aménageur, qui avait déjà cours aux siècles précédents. Néanmoins, tout au long du XIXè siècle, cet aspect se développe et se renforce, dans la mesure où le pouvoir commence à envisager cette mission à l’échelle nationale. Mais les foires et les marchés sont aussi un terrain d’expression pour un pouvoir ascendant, qui ressent le besoin d’exprimer ses attentes vis-à-vis du pouvoir en place de manière de plus en plus explicite. La mutation essentielle du statut politique de la population renforce sa légitimité à exprimer à son tour ses propres espoirs en termes d’approvisionnement et en termes de prospérité économique. Ainsi les foires et les marchés témoignent-ils de l’émergence, depuis la fin du XVIIIè siècle, d’une conception moderne de l’État et des relations entre gouverneurs et gouvernés, en lien avec le contrat social.  Cet aspect a ouvert la voie à une approche sociologique et anthropologique et nous a permis de saisir cette foule de plus en plus animée. Dans la lignée de plusieurs chercheurs, nous avons envisagé nos foires et marchés comme des points de rencontre entre les populations et des occasions d’ouverture sur l’extérieur. Ceci nous offre l’opportunité de porter un regard nouveau sur des événements à l’équilibre fragilisé et qui échappent aux autorités. Aux côtés d’autres formes de sociabilité agricole telles que les sociétés agricoles, les syndicats ou les comices, les foires et les marchés apparaissent de plus en plus comme des lieux de socialisation, voire d’acculturation. Pour ce faire, nous avons souhaité pénétrer la vie intense qui anime le foirail, ses conflits, ses délits, souvent même sa violence. Ce sont autant d’obstacles qui s’opposent à la politique régalienne qui veut s’y exprimer. Parce que la foire déborde sur le village, parce que le village « fait la foire » et que cette foire se transforme en « foire d’empoigne », parce que le champ de foire s’immisce au cabaret, dans les rues et sur les chemins, nous proposons une grille de lecture au prisme de la notion de foire sociale. Bien plus qu’un nouvel angle d’approche, c’est cette foire sociale, ce spectacle du quotidien et du banal qui prend le dessus au fil du siècle.

Jury

  • M. Gérard Béaur (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Alain Chatriot, IEP Paris
  • Mme Corinne Marache, Université Bordeaux Montaigne
  • Mme Dominique Margairaz, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • M. Alessandro Stanziani, EHESS
  • Mme Nadine Vivier, Université du Maine

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 20 décembre 2018 - 09:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle 8), 105 boulevard Raspail 75006 Paris