Soutenance de thèse

"Créer c'est avoir vu le premier ". Les Galeries Lafayette et la mode (1893-1969)

De Florence Brachet Champsaur - Centre de recherches historiques - CRH

Résumé

Cette thèse étudie la place des Galeries Lafayette dans l’échange marchand entre l’offre et la demande, au cœur du système de la mode. Elle réévalue le rôle de la distribution en général et du grand magasin en particulier comme intermédiaire créateur de valeur dans la relation entre le producteur et le consommateur.  Au tournant du XXe siècle, sur le marché de la nouveauté et le segment émergent de la confection, l’enseigne répond aux attentes des consommateurs qui cherchent à se distinguer et se différencier en suivant de près les phénomènes de mode. Alors que les maisons de couture exercent un monopole sur les tendances, et limitent leur diffusion en France à un cercle de clientes privilégiées, les Galeries Lafayette ont fait « entrer la mode dans le grand magasin ». Elles fabriquent et vendent sous leur propre marque des modèles inspirés de ceux des couturiers. Cette appropriation efficace de la création construit la légitimité de l’entreprise en tant qu'intermédiaire ainsi que le pouvoir prescripteur de la marque sur le marché de la mode. Elle fait aussi des Galeries Lafayette un acteur de l’économie de la contrefaçon, au centre des enjeux de l’industrie du vêtement dans l’entre-deux-guerres. La thèse montre cependant qu’il existe plusieurs régimes de management de la création aux Galeries Lafayette. A travers l’analyse des investissements de l’entreprise dans les industries créatives et en particulier les cas des Parfums Chanel, des maisons Madeleine Vionnet et Jean Patou, elle se saisit pour la première fois de la question du financement de la couture et décloisonne l’étude des principaux acteurs du système de la mode.  La période couverte, de la fin du XIXe aux années 1960, rend compte des transformations de l’industrie du vêtement, mais aussi de la plasticité de la stratégie et des structures de l’organisation. Après la Seconde Guerre mondiale, l’intégration verticale de la fabrication laisse progressivement la place à de nouvelles modalités de construction de l’offre. Dans un contexte marqué par la modernisation de la filière habillement, la « révolution » du prêt-à-porter, et l’émergence de nouvelles capitales de la mode, la centrale d’achats élargit ses approvisionnements aux marques et à l’international. La mise en place pionnière d’un bureau de style au début des années 1950 est centrale dans cette transformation pour faire le lien entre les créateurs, les industriels et les clients avec lesquelles les Galeries Lafayette sont en contact direct. Une partie des développements est consacrée aux associations professionnelles internationale qui sont le véhicule privilégié des transferts transatlantiques mais aussi de la construction d’un réseau européen favorisant la circulation des idées et des marchandises. Ces échanges montrent que la diffusion des méthodes nouvelles d’organisation, importées et adaptées des États-Unis, ne s’est pas limitée à l’industrie. Les efforts des Galeries Lafayette pour rationaliser l’organisation sont une nouvelle démonstration de la nécessité de réévaluer le rôle de la distribution et des intermédiaires du système de la mode longtemps négligés au profit de la figure du créateur.

Jury

  • M. Patrick Fridenson (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Franck Cochoy, Université Toulouse Jean Jaurès
  • M. Dominique Jacomet, Institut français de la mode
  • M. Thomas Paris, CNRS-HEC
  • Mme Véronique Pouillard, Université d’Oslo (Norvège)
  • M. Pierre Volle, Université Paris Dauphine

Informations pratiques

Date(s)
  • Lundi 25 juin 2018 - 09:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle A S1_08), 54 boulevard Raspail 75006 Paris