Soutenance de thèse

Cycles et instabilité chez I. Fisher : le libéralisme à l'épreuve de la monnaie

Résumé

L’objet de la présente thèse porte sur le rôle de la monnaie, en particulier bancaire, dans la détermination du niveau général d’activité chez le fondateur de la théorie quantitative contemporaine, Irving Fisher (1867–1947). Nous y montrons comment évolue sa conception des fluctuations et de l’instabilité en confrontant sa théorie des cycles de crédit (1911) à la déflation par la dette (1932, 1933). Notre objectif est de retracer la manière dont l’essor de la monnaie bancaire à partir de la fin du 19ème siècle, puis des marchés financiers dans l’entre-deux-guerres, sont intégrés dans la pensée de Fisher et, à travers lui, dans la conception libérale de la neutralité monétaire. Nous dégageons ainsi les structures logiques de ses deux analyses, en faisant valoir qu’elles s’appuient sur des mécanismes qualitativement différents, l’un bancaire, l’autre financier, mettant en jeu des variables et des processus de nature distincte. Cependant, une fois cette hétérogénéité mise en avant, il est possible de rapprocher les deux théories de Fisher en soulignant une invariance plus profonde portant sur le caractère déstabilisant de la monnaie. C’est pourquoi les deux grands projets de réformes qu’il défend au cours de sa vie, le dollar-compensé (1911, 1920) puis le 100% Monnaie (1935), sont construits en vue de répondre au même objectif : stabiliser la valeur de la monnaie.      Le chapitre 1, introductif, présente les ressorts de la déflation par la dette afin d’en discuter l’articulation à la théorie des cycles de crédit au chapitre 2. Dans celui-ci, nous faisons apparaître que cette analyse de Fisher constitue un cas particulier d’un modèle plus général dans lequel, contrairement à ce qu’il pense alors, la stabilité de l’équilibre n’est pas garantie. Au chapitre 3, nous abordons les solutions qu’il propose pour lutter contre les désordres monétaires. Plus spécifiquement, nous précisons les liens entre sa perception de l’instabilité et les réformes qu’il suggère pour neutraliser l’influence de la monnaie sur les grandeurs économiques réelles. Dans le chapitre 4, nous poursuivons notre étude de la vision de l’instabilité de Fisher en examinant les fondements logiques et historiques de la notion « d’effet Fisher » au sens que lui donne James Tobin (1980). Enfin, le chapitre 5 traite de la réception et de la postérité des idées de Fisher en matière d’analyse de l’instabilité financière. Nous y montrons que la déflation par la dette n’est ni ignorée, ni totalement rejetée par les économistes dans les années 1930 et 1940, puis qu’elle occupe une place importante à partir des années 1970 dans la constitution des programmes de recherche néo-keynésien et post-keynésien.

Jury

  • M. André Orléan (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Alain Béraud, Université de Cergy-Pontoise
  • M. Robert Boyer, EHESS
  • Mme Muriel Dal Pont Legrand, Université Côte d’Azur
  • M. Jérôme de Boyer des Roches, Université Paris Dauphine
  • Mme Rebeca Gomez-Betancourt, Université Lumière Lyon 2

Informations pratiques

Date(s)
  • Samedi 07 avril 2018 - 09:30
Lieu(x)
  • Ecole d'Economie de Paris (salle R1-09), 1er étage du bâtiment Oikos, 48 boulevard Jourdan 75014 Paris