Soutenance de thèse

Decolonizing Property in Kenya ? Tracing Policy Processes of Kenyan Contemporary Land Reform (1990s-2016) : A Study of the Politization of Decision-Making in Historical Perspective

De Francesca Di matteo - Centre Norbert Elias - CNE
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De Francesca Di matteo - Campus EHESS Marseille

Résumé

En se concentrant sur les processus de fabrication des politiques publiques, cette thèse met en lumière le fonctionnement de l'Etat, les liens entre les politiques et la politique et les conditions du changement politique. Cette étude explore les dispositions les plus cruciales de la réforme foncière contemporaine au Kenya. Celle-ci tente de décoloniser la propriété en résolvant les injustices historiques aux racines coloniales, en émancipant les institutions foncières du système bureaucratique centralisé d'administration foncière (lui-même hérité de la période coloniale). La thèse analyse les processus décisionnels qui sous-tendent les dispositions de la Politique Foncière Nationale (document parlementaire n° 3 de 2009) et de la Constitution de 2010 qui, toutes deux, reconnaissent les « terres communautaires » comme « les terres [qui] appartiennent et sont détenues par les communautés » (article 63, paragraphe 1, Republic of Kenya, 2010:44). Il est également établi une Commission Foncière Nationale afin de réformer les institutions de gouvernance foncière (article 46, idem: 46). La première partie de la thèse reconstitue, depuis l'époque coloniale, les processus de l'élaboration des politiques foncières et des structures de gouvernance foncière au Kenya. Les parties suivantes retracent les processus contemporains de fabrication des innovations juridico-institutionnelles de la réforme foncière en étudiant les interactions entre les acteurs. L’analyse du fonctionnement des réseaux transnationaux illustre les processus de circulation des idées et leur institutionnalisation dans les arènes politiques. L'analyse des processus politiques met en lumière le rôle des bailleurs de fonds dans l'impulsion des réseaux transnationaux et la promotion de  certains répertoires d'actions des mouvements sociaux kenyans afin d'influencer la prise de décision. Pourtant, l'analyse du processus dans sa globalité démontre l'importance des luttes de pouvoir partisanes ainsi que celle des processus contingents de traduction des intérêts et des positions idéologiques des acteurs lorsqu'ils s'affrontent dans l’arène politique. La politisation de ces traductions consiste à requalifier les relations sociales en termes de transactions politiques qui déterminent la trajectoire du changement politique. Les intérêts économiques et politiques dominent la phase de promulgation de la législation, bien que l'arbitrage final qui aboutit à l'acceptation de la notion de propriété communautaire comme traduction ultime de la « terre communautaire » illustre également le poids des pratiques institutionnelles, des normes sociales et des cartes mentales produites historiquement, et donc un certain échec du projet de décoloniser la propriété au Kenya.

Jury

  • M. Philippe Lavigne Delville (Directeur de thèse), IRD
  • Mme Catherine Boone, London School of Economics
  • M. Dominique Darbon, IEP Bordeaux
  • Mme Marie-Aude Fouéré, EHESS
  • Mme Claire Médard, IRD
  • Mme Marie-Emmanuelle Pommerolle, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • M. Yves Surel, Université Paris 2 Panthéon Assas

Informations pratiques

Date(s)
  • Mercredi 18 décembre 2019 - 14:00
Lieu(x)
  • EHESS Marseille (salle A), Centre de la Vieille Charité, 2 rue de la Charité 13002 Marseille