Soutenance de thèse

Au-delà du classique : art et archéologie dans Cahiers d'art et dans l'œuvre de Christian Zervos (1926-1969)

Résumé

Entre 1926 et 1960, la revue Cahiers d’art, conçue par Christian Zervos comme un instrument de promotion de l’activité artistique de son temps, met en avant les épigones du cubisme et s’ouvre avec réticence vers l’abstraction. Au sein de cet espace qui ambitionne d’accueillir la modernité internationale, la réflexion sur l’art contemporain laisse progressivement le pas à l’actualité ethnologique et archéologique. En corollaire,  Zervos inaugure en 1934 ses éditions consacrées à l’art pré- et protohistorique. Sa soi-disant recherche sur les racines de l’art et de l’humanité s’évertue à écarter les contraintes et les catégories de la tradition classique et occidentale, prônant une sorte d’« avant-garde artistique à l’antique » (Settis), tout en fournissant un nouveau répertoire de sources pour les artistes. Pour y parvenir, Zervos a tissé un modèle d’évolution de la forme, transférant la tension entre la représentation figurée et l’expression non figurative, qui jalonnait à l’époque le discours sur l’art, dans son approche de l’art « préclassique ». Dans le cadre de ce processus, les rapports de Zervos avec les milieux ethnologiques, entre autres avec Georges-Henri Rivière et Leo Frobenius, sa fascination avec le diffusionnisme de Friedrich Ratzel, le déplacement progressif de son intérêt vers les « cultures archéologiques » de Gordon Childe et, plus tard, de James Mellaart, présentent quelques-unes des facettes de la quête des origines de Zervos. Dans le même temps, l’éditeur se familiarisa avec les recherches qui ont façonné la discipline archéologique grecque. Ainsi, son approche oscillait souvent entre le particulier et l’universel, le diffusionnisme et l’évolutionnisme, un récit continuiste et une volonté de rupture, s’étendant aux aires extra-occidentales et, en même temps, s’engageant dans un discours local, voire national, qui reflétait les présupposés épistémologiques ayant structuré la discipline archéologique grecque. Il s’agit d’examiner dans ce travail, à partir d’un corpus d’écrits publiés et inédits de l’éditeur et de ses collaborateurs les plus proches, dans quelle mesure la revue a élargi le champ heuristique de la recherche sur la forme, de révéler les limites et les restrictions de cette quête des origines, de faire valoir la manière dont l’engouement pour cette notion du « préclassique » a infléchi les prises de position de l’éditeur sur l’art contemporain. Il s’agit de déterminer dans quelle mesure Zervos a envisagé le « préclassique » en termes d’« opposition » à la tradition classique, tout en cernant les outils méthodologiques mis en avant dans cette voie.

Jury

  • Mme Cécilia D’Ercole (Directrice de thèse), EHESS
  • Mme Rossella Froissart (Co-Directrice de thèse), EPHE
  • M. Evgenios Matthiopoulos, Université de Crète
  • Mme Christine Peltre, Université de Strasbourg
  • Mme Ioanna Rapti, EPHE
  • M. Alain Schnapp, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Mme Maria Stavrinaki, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Informations pratiques

Date(s)
  • Lundi 17 mai 2021 - 14:00
Lieu(x)
  • Visioconférence Afin d'affecter le moins possible la qualité de la visioconférence nous sommes contraints de limiter l'accès au public. Les personnes souhaitant assister à la soutenance devront se rapprocher du candidat.