Soutenance de thèse

Dis-lui qu'il n'existe pas" : la propagation de la transe hallucinatoire grisi siknis chez les Miskitos du Nicaragua

Résumé

Grisi Siknis est le calque miskito de l’anglais "crazy sickness". Au-dessous de cette étiquette opaque se cachent une série de crises de transe de masse se reproduisant depuis plus de cinquante ans dans la région de la Moskitia, entre le Nicaragua et le Honduras orientaux. La grisi siknis est un raptus de transe involontaire qui atteint de préférence les jeunes femmes miskitos, une ethnie afro-indigène de langue Misumalpa. Au cours de la transe, les attaqués de grisi siknis (lasa praprukra) tombent en proie à un comportement agressif et/ou auto-agressif associé à des hallucinations récurrentes, ce qui est généralement interprété comme l'attaque d'un esprit maléfique. La diffusion de la maladie est perçue par les affectés comme une épidémie contagieuse redoutable aux thérapies controversées. Néanmoins, le comportement des lasa praprukra présente un certain degré de ritualisation. L’objectif primaire de cette étude, qui s'est appuyée sur une année de recherches ethnographiques au Nicaragua, est de décrire la force de propagation de la grisi siknis, en analysant sa dynamique interactionnelle et la constitution de l'imaginaire qui l'impulse. L’imaginaire iconique lié aux hallucinations de la grisi siknis a été étudié en proposant aux attaqués de dessiner leurs contenus hallucinatoires. Cette pratique, en analogie avec certains traitement chamaniques locaux, a été appréhendée comme une forme de thérapie. Le corpus iconographique produit est analysé dans son double statut de représentation et d’imaginaire incarné doté d’agentivité. En deuxième lieu, la thèse décrit les soubassements neurocognitifs de la crise de transe en esquissant un modèle bayésien de l'induction d'hallucinations sans prise de psychotropes dans des sujets sains. Enfin, le statut social des attaqués de grisi siknis est comparé à ceux de spécialistes rituels tels que les chamanes et des guérisseurs. Une place importante est accordée à la nature ontologiquement instable des esprits impliqués et au rôle de la métacognition dans les modifications psycho-physiologiques qui en favorisent l’expérience et la croyance.

 

Jury

  • M. Carlo Severi (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Arnaub Halloy, Université de Nice-Antipolis
  • M. William Hanks, Université de Berkeley, Californie (Etats-Unis)
  • Mme Tiziana Zalla, CNRS

Informations pratiques

Date(s)
  • Vendredi 29 septembre 2017 - 16:00
Lieu(x)
  • EHESS (Salle 13), 105 boulevard Raspail 75006 Paris