Soutenance de thèse

Duplixité de la finance islamique : une expression manichéiste de l'économie capitaliste ? Étude critique et analytique.

Résumé

Dans cette thèse, nous nous consacrerons à comprendre les nouveaux langages qu’adopte le monde économique dans sa machine à fabriquer la quantité, où même les chiffres les plus allongés de zéros, d’un crash boursier, s’anéantissent en un clin d’œil dans le Zéro. Pour cela, nous nous efforcerons, à travers une finance éthique aux principes islamiques, à déchiffrer ce qui paraît être de nouvelles expressions, traduites dans un double transfert qui s’opère entre l’esprit d’un capitalisme dont la critique est en crise, et le renouveau de l’esprit capitaliste dont les instruments sont désespérément refondés dans une moralisation, même religieuse, des actes parfois les plus inhumains.
Dans l’exploitation de l’homme par l’homme, dans sa marchandisation, dans sa mondialisation, il sera souvent, et pour ne pas dire toujours, question d’argent et d’usure ( plus tard de finance), d’échanges, de profit, de surendettement, de consommation et enfin de pouvoir; autant d’alliances que de divorces que formeront leurs interminables combinaisons, que vont d’abord sceller les sceaux sacrés des religions, pour s’en affranchir momentanément, le temps que l’homme s’avoue vaincu par ses propres ambitions. Si nous avons eu à emprunter l’épineux chemin de la foi, c’est uniquement parce qu’elle aura prouvé, encore une fois, son indiscutable pouvoir à mobiliser, à innover et à faire consommer.
Si la pensée économique telle que définie par le protestantisme, à travers son prêche précocement porteur d’un universalisme socialement responsable fusionnant entre tradition et innovation, elle sera plus que jamais sollicitée aujourd’hui, et ne va bénéficier que tardivement des grâces aussi bien spirituelles que temporelles qu’entraîne la valeur religieuse de « la vocation » de l’homme selon Weber, de ses désirs à l’ombre de ses devoirs envers la société, où l’assouvissement des uns sont dans l’accomplissement des autres, dans l’acte d’adoration de Dieu.
Ainsi et tout comme chez les protestants, en Islam, c’est l’ «acte de commercer » qui sera mis au centre de la vocation « financière », encouragé tout en étant opposé à l’acte d’usure (ribâ dans le monde musulman), il sera le socle d’une légitimation religieuse de l’existence même d’une institution financière islamique, où l’on aura à observer le processus de sacralisation de la finance, selon une conception musulmane. Un sens qui se veut dans l’ère du temps, celui d’une opportunité salvatrice qui s’offre à l’économique dans son aménagement éthique. L’approche de Weber nous aidera à supposer une forme de capitalisme islamique inspirée de l’esprit éthique protestant. Une évolution de ce dernier dans une économie mondialisée devait inévitablement déboucher sur d’autres voies d’expression, même chez les mentalités les plus conservatrices, notamment celles issues des cultures musulmanes.
Pour cela, nos développements seront principalement motivés par deux grandes questions: Qu’est-ce que la finance islamisée, telle que conçue aujourd’hui, quelles sont les solutions concrètes, visibles et efficaces qu’elle apporte dans la lutte contre le mal développement des pays musulmans, dont certains vivant dans des conditions extrêmes de précarité, traversant des crises alimentaires et sanitaires récurrentes? En d’autres termes, est-ce que la finance islamique aide vraiment les musulmans à mieux vivre dans leurs environnements respectifs ? Puis et déductivement, nous serons amenés à conclure sur un bilan très peu satisfaisant ou peu convaincant, sur les réalisations de cette finance en faveur des populations défavorisées en général et musulmanes en particulier.
Un tel constat ne pouvait que nous faire douter des véritables intentions d’une finance dite islamique, de ses ambitions et de son fonctionnement. Si ce n’est pas les pays musulmans qui en tirent le plus ou le mieux profit, pour qui et pourquoi la finance islamique se démène-t-elle, se développe-t-elle ainsi ? Si c’est au nom d’une religion de charité et d’entre-aide que la finance « halal » se mobilise, elle devrait en toute rationalité et avant toute bonne foi, s’accomplir d’abord et avant tout dans son devoir envers ses prioritaires, en l’occurrence les populations les plus démunies, qu’elles soient en plus musulmanes en fait non plus un devoir mais carrément un sacerdoce.
Nous aurons alors à examiner, de manière plus approfondie, certains aspects de l’industrie financière islamisée, sa naissance, son organisation, ses promoteurs et ses instruments, alertés par des contradictions, des incohérences, voire même des incongruités, nous conclurons le plus souvent sur des contrastes, révélant des contextes aux politiques 0irrégulières, où souvent les signes d’une précarité alarmante se laissent maladroitement apprivoiser par une pseudo-modernité, parasitant une institution dépassée dans des décors incertains. Certains pays musulmans vont nous aider à entourer la question.
Enfin, il sera question de la crise intellectuelle qu’engendre le mal-être économique que connaît le monde d’aujourd’hui, de son langage mis au service de revendications dissolues, une crise différemment perçue et vécue, plus spécifiquement par le monde musulman dans sa diversité et face à ses contradictions. On aura à constater une accaparation déloyale du débat par une dominante occidentale piégée par une vision dépassée, biaisée et globalisante de l’ « islamique ». En ce sens, l’approche critique d’Ibn Khaldûn, nous donnera la possibilité de compenser bien des thèses défaillantes, en mettant la sociologie du musulman dans une dynamique extrapolée dans son devenir. Une extraordinaire description d’une actualité étonnante, qui sera souvent empruntée dans notre argumentaire afin d’expliquer l’origine et l’opérativité d’un raisonnement, d’une culture ou d’une mentalité dotés encore d’un pouvoir aussi bien malfaisant que bienfaisant, dans un retour en force d’une instrumentalisation opportune de la fibre religieuse dans le monde économique en général et des finances en particulier. Le cas algérien en constituera une illustration.

Jury

  • M. Jacques Sapir (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Hélène Clément-Pitiot, EHESS
  • M. Said Doumane, Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou (Algérie)
  • M. Dhafer Saidane, SKEMA – Business School
  • M. Ahmed Tessa, Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou (Algérie)
  • M. Bruno Tinel, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Informations pratiques

Date(s)
  • Vendredi 15 décembre 2017 - 09:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle AS1-23), 54 boulevard Raspail 75006 Paris