Soutenance de thèse

En grève et en guerre. Les mineurs britanniques au prisme des enquêtes du Mass Observation (1939-1945)

Résumé

Dans le Royaume-Uni de la Seconde Guerre mondiale, malgré une économie de guerre conditionnée par la production en charbon, l’industrie houillère est le premier secteur en grève. Les 3 473 grèves minières qui éclatent entre 1940 et 1944 constituent près de la moitié des grèves britanniques. Accusés de saper l’effort national, les mineurs se heurtent aux impératifs du patriotisme et à la politique de coopération nationale des institutions syndicales. À rebours des approches hors sol des mobilisations qui ont longtemps dominé l’historiographie, nous proposons d’explorer ces grèves from below, saisies sur le vif et ancrées dans le quotidien des communautés minières. Nous nous intéressons à la manière dont le conflit entre patriotisme et justice sociale se manifeste, à la mine comme au pub. Nous proposons en outre une étude nouvelle du décret 1305 interdisant les grèves. Où observe-t-on le heurt entre les grévistes et le droit ? Comment les grévistes sont-ils jugés (ou non) ? Comment, en retour, les mineurs jugent-ils le droit, y résistent ou le contournent ? Les grèves sont donc aussi saisies comme lieu où s’éprouve l’univers normatif des acteurs, ébranlé par l’irruption de la guerre. Les principes du juste salaire, en particulier, sont à réinventer – dans les grandes vagues de grèves du printemps 1942 et de l’hiver 1944, dans la grève emblématique des mineurs de Betteshanger, comme dans les soulèvements plus méconnus des pit boys gallois. La thèse montre notamment que les bouleversements des hiérarchies de statut et de genre provoqués par le conflit jouent un rôle central dans les revendications salariales des grévistes. Elle le fait à travers une ethnographie historique qui conjugue : une revisite historienne des enquêtes de terrain entreprises par le Mass Observation durant la guerre ; une exploration de leurs conditions de production (collectif, dispositif et pratiques d’enquête) ; et un retour contemporain sur ces terrains à travers une enquête orale menée auprès de mineurs et de Bevin Boys. En cela la thèse se veut également une contribution à l’histoire du Mass Observation (1937-1949), ce singulier collectif de recherche extra-universitaire et autodidacte qui constitue un épisode négligé de l’histoire des sciences sociales britanniques.

Jury

  • Mme Laura Lee Downs (Directrice de thèse), EHESS
  • M. Alain Cottereau (Codirecteur), EHESS
  • Mme Clarisse Berthezene, Université Paris Diderot
  • Mme Marie-Emmanuelle Chessel, CNRS
  • Mme Marion Fontaine, Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse
  • M. Jim Phillips, University of Glasgow
  • M. Xavier Vigna, Université Paris Nanterre

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 25 septembre 2018 - 14:00
Lieu(x)
  • EHESS (Salle BS1_28 - salle du Conseil A), 1er sous-sol, 54 boulevard Raspail – 75006 Paris