Soutenance de thèse

Ethnographie d’un réseau européen de joueurs de oud arabes. Enjeux du traitement sonore d’un instrument en mutation

Résumé

Dès les années 1990, on assiste à l’apparition de générations de joueurs de oud arabes (tunisiens, palestiniens, libanais, marocains, etc.) évoluant principalement en Europe (France, Allemagne, Italie, etc.) et en étroite collaboration avec des musiciens issus des milieux du « jazz » et des scènes de « musiques du monde ». Voulant questionner ces pratiques émergentes et leur rapport à une tradition « idéalisée », j’ai suivi, grâce à une ethnographie multisituée de 2016 à 2018, une vingtaine de ces joueurs de oud en mobilité à travers un réseau transnational. Le métarécit qui apparaît dans leurs discours fait un rapprochement entre, d’un côté, l’évolution des ensembles de musique arabe au milieu du XXème siècle avec l’introduction de plus en plus de cordes puis d’instruments électroniques et, de l’autre, l’exclusion progressive du oud de ces ensembles grandissants et la confirmation de son rôle de soliste grâce notamment à ce qu’ils appellent « l’école iraquienne ». La dimension acoustique et sonore se trouve au cœur du récit de ces musiciens. Ma thèse s’est alors recentrée sur les aspects sonores liés aux procédés de l’amplification du oud et de sa sonorisation dans le contexte des performances publiques. Cet angle de vue est d’autant plus intéressant qu’il est omis par les études des pratiques musicales de l’aire culturelle du Monde Arabe.   Dans la première partie, la présentation du « oud » révèle la dialectique qui le construit en objet. Il s’agit d’une polarité entre une forme stabilisée grâce à sa charge symbolique et des transformations qui visent à l’adapter aux situations de mise en spectacle sonorisé. Ensuite, à partir d’entretiens et d’observations de concerts, de balances et de répétitions, je me suis intéressé aux enjeux de l’amplification du oud lors des spectacles sonorisés, en décrivant les stratégies employées pour retrouver un son « naturel » dans ces contextes. L’inévitable dégradation du son du oud lors de sa sonorisation implique que la recherche d’un son « naturel » relève d’une construction qui met en jeu une chaîne de coopération comprenant, en plus des musiciens, luthiers, ingénieurs du son et innovations techniques disponibles sur le marché. Une deuxième direction désormais visible témoigne de l’affranchissent de l’idéal d’un son naturel par la transformation intentionnelle du son de leur oud et son électrification.   Cette thèse présente un deuxième enjeu méthodologique, celui de la réflexion sur la posture épistémologique de praticien-chercheur et sur le rapport entre chercheur et son objet d’étude quand ce premier appartient au milieu étudié, étant moi-même joueur de oud tunisien installé à Paris.

Jury

  • M. Denis Laborde (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Talia Bachir-Loopuyt, Université de Tours
  • Mme Alessandra Ciucci, Columbia University
  • M. Jérôme Cler, Sorbonne Université
  • M. Nicolas Puig, Université Côte d’Azur
  • M. Martin Stokes, King’s College

Informations pratiques

Date(s)
  • Vendredi 15 janvier 2021 - 14:00
Lieu(x)
  • Visioconférence Afin d'affecter le moins possible la qualité de la visioconférence nous sommes contraints de limiter l'accès au public. Les personnes souhaitant assister à la soutenance devront se rapprocher du candidat.