Soutenance de thèse

La fabrique transnationale d'une échelle de gouvernement. La commune à Madagascar et à Diégo-Suarez sous la Troisième République (1993-2010)

De Camille Al Dabaghy - Centre Norbert Élias - CNE
,
De Camille Al Dabaghy - Campus EHESS Marseille

Résumé

Réformes de décentralisation, gestion de l’eau, gestion des ordures ménagères, voirie, marché, état civil… : sous la Troisième République, l’aide au développement a pris pour objet la plupart des politiques ou des services qui comptent dans le processus de la reconstruction de l’institution communale, introduite par l’administration coloniale à la fin du XIXe siècle mais supprimée entre 1973 et 1993. L’enquête porte sur cette transnationalisation croissante et conjuguée de la politique de décentralisation et de l’action publique communale dans les années 1990 et 2000. Sur la base de matériaux archivistiques et ethnographiques, elle réinscrit ce processus dans le temps moyen du gouvernement colonial, examine ses modalités récentes et interroge ses effets sur le double plan de la figure de l’institution communale et de la capacité politique des communes, telles qu’elles se dessinent au centre, pour l’ensemble des communes, et à Diégo-Suarez, pour une commune urbaine en particulier.  La thèse d’abord décrit le travail de production de l’aide et de l’action publique aux interfaces toujours plus nombreuses et fragmentaires entre organisations d’aide et administrations domestiques. Elle montre que l’aide s’est inscrite dans la division interne du travail administratif et politique de gouvernement, que se sont arrimées les luttes entre acteurs de l’aide et acteurs publics malgaches et les luttes domestiques entre acteurs politico-administratifs malgaches pour la maîtrise de l’action publique, que ces luttes sont réglées par une grammaire partagée de la décision souveraine sous régime d’aide. L’enquête montre par ailleurs le jeu répété et démultiplié de l’aide s’est traduit par la prééminence acquise progressivement dans la reconstruction de la commune, à l’échelle nationale comme à l’échelle locale, par d’élites politico-administratives malgaches qui cumulent, diachroniquement ou symboliquement, des positions dans l’aide et des positions dans les administrations publiques. Ce sont des élites qui incarnent, légitiment et défendent la transnationalisation de l’action publique. Elle montre enfin que les édiles municipaux d’une ville comme Diégo-Suarez se sont bien engagées dans des stratégies de construction de leur capacité d’action sur la mise en dépendance à l’égard de l’aide. Mais que, si les interventions d’aide ont affecté la figure de l’institution communale, le fonctionnement même de l’organisation municipale, c’est sans accroître significativement sa capacité politique. Rien ne s’institutionnalise véritablement de l’accès des acteurs municipaux aux ressources qui leur permettraient de décider et d’agir en conséquence.

Jury

  • M. Philippe Lavigne Delville (Directeur de thèse), IRD
  • M. Laurent Fourchard (Co-directeur), IEP Paris
  • M. Thomas Bierschenk, Johannes GutenbergUniversität Mainz
  • Mme Anne-Cécile Douillet, Université de Lille
  • M. Sylvain Laurens, EHESS
  • Mme Raphaëlle Parizet, Université Paris Est
  • Mme Faranirina Rajaonah, Université Paris Diderot

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 10 décembre 2019 - 14:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle 11), 105 boulevard Raspail 75006 Paris