Soutenance de thèse

Finance islamique en Europe. interpénétrations des normes et des pratiques

Résumé

Née dans des pays musulmans dans les années 1950 et 1960, l’industrie de la finance islamique devient un fait social européen à partir de la fin des années 1970. Principalement orientée vers les marchés financiers et la gestion de patrimoine de personnes fortunées, elle s’ouvre aux particuliers à partir des années 1990 et tout au long des années 2000 au Royaume-Uni, puis en France et en Allemagne pour offrir une offre de proximité aux musulmans et aux non musulmans.  La finance islamique se distingue de la finance conventionnelle par l’observation dans ses pratiques contractuelles de prescriptions issues de la sharîa (Coran et Sunna). Ces prescriptions sont définies par des obligations, le versement de la zakât, aumône légale, le partage des profits et des pertes, mais aussi par des interdictions telle que la pratique de l’intérêt, ribâ’, du gharar, l’aléa et du mayssir, la spéculation, ou encore celle de la thésaurisation qui contreviennent aux monopoles d’usages européens du capitalisme financier. La volonté d’instituer les pratiques de finance islamique à l’échelle nationale amène des acteurs musulmans et séculiers, des professionnels financiers, des juristes et jurisconsultes, des universitaires, des représentants des autorités publiques à coopérer pour traduire et créer une offre de finance islamique à l’échelle locale. Cette offre est relayée par de nouvelles figures de professionnels financiers – banquiers, courtiers, assureurs, consultants, jurisconsultes – à la fois islamique et européen qui instituent la finance islamique à travers leurs pratiques professionnelles quotidiennes.  Cette thèse observe la plasticité de la norme islamique et nationale, les arrangements et les compromis nécessaires aux dépassements des conflits de normes et de pratiques qui permettent de créer un répertoire européen de finance islamique inédit dans le monde. L’institution de ce répertoire tient compte des contraintes islamiques mais aussi légales et du marché : des contraintes de lieu et de temps.  La visibilité du stigmate islamique peut par exemple être ostentatoire ou discrète voire tue en raison de la charge symbolique à laquelle l’islam renvoie. Ces conflits montrent une double tendance qui peut paraître paradoxale : alors que le référentiel islamique pénètre et s’enracine dans ces lieux – qu’ils soient physiques ou symboliques –, il sert aussi à dessiner et délimiter les frontières morales, historiques, de valeurs ou juridiques de la communauté nationale.

Jury

  • Mme Nilüfer Göle (Directrice de thèse), EHESS
  • Mme Sarah Ben Néfissa, IRD
  • Mme Dominique de Courcelles, CNRS
  • M. Baudouin Dupret, CNRS
  • Mme Alia Gana, CNRS

Informations pratiques

Date(s)
  • Lundi 2 décembre 2019 - 13:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle BS1_28), 54 boulevard Raspail 75006 Paris