Soutenance de thèse

A la fois théâtre et musique : la chanson, ars d'incarnation

De Olivier Hussenet - Centre Norbert Elias - CNE
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De Olivier Hussenet - Campus EHESS Marseille
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De Olivier Hussenet - Doctorat - Sciences sociales (Marseille)

Résumé

Comment a-t-on donné, comment donne-t-on des contours à la chanson ? Face au caractère insaisissable de l’objet dans une quelconque essence, en raison même de son caractère éminemment disparate et hétérogène, l’approche proposée vise à poser la question des contours de l’objet dans une perspective pragmatiste.
Dans un premier temps de la thèse, les tentatives de délimitation de l’objet étiqueté « chanson » se heurtent à une série d’obstacles de nature diverse. Les entreprises définitoires successives construisent et reproduisent préjugés essentialistes (« la-chanson ») et normes formelles ou thématiques qui les font échouer à le cerner et produisent des rebuts. L’arbitraire des définitions (des dictionnaires ou des histoires de la chanson) se complique de l’hétérogénéité de l’objet, sur trois plans distincts : artéfact, style et occurrence située. Le travail de catégorisation opéré par les emplois du terme « chanson » flanqué de prédicats adjectivaux engendre un labyrinthe générique où règnent hiérarchie a priori et présupposés normatifs. Considérer « chanson » comme un hypergenre (au sens de Maingueneau) offrirait peut-être une issue.
Dans un deuxième temps, l’importance se fait jour de la prise en compte des différents moments de la chanson. Selon le moment de la chanson considéré, les processus de patrimonialisation diffèrent : corpurisation, anthologisation ou répertorialisation. Or, patrimoine et objets qui le composent sont interdépendants. Les formes exclusivement institutionnelles de patrimonialisation (l’enquête Fortoul en 1852, la mission de folklore musical en Basse-Bretagne en 1939) ne construisent pas le même objet chanson que l’initiative conjointe du Musée des ATP et de la chaîne de radio Europe n°1 de fonder un Musée de la Chanson au début des années 1960. La patrimonialisation par le répertoire (choisie par Le Hall de la chanson, fondé en 1990), apparaît comme plus inclusive en raison de son caractère multidirectionnel, mais se confronte au piège binaire qu’offre la tentation de défendre un objet minorisé et peine à s’affranchir du trope de la disparition de l’objet.
Dans un troisième temps, le choix d’une perspective pragmatiste permet de changer radicalement de point de vue : l’objet n’est alors plus envisagé comme structure sémantique à interpréter, mais prend le statut d’objet organisationnel (Garfinkel 2001). L’enquête porte à ce stade sur l’agentivité de la chanson, considérée dans son acheminement en mode de chant et son déploiement en mode de jeu, à travers l’exemple de l’appareil prescriptif construit dans le cadre de la pratique religieuse catholique aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis l’analyse d’une théorie ordinaire à l’œuvre dans un traité élaboré par une praticienne : Yvette Guilbert. Deux séries d’épreuves de l’implémentation chansonnière sont alors examinées : celles de la caractérisation de l’objet et celles de la saisie matérielle d’une chanson. Enfin, l’objet chanson est abordé sous l’angle de la mise en jeu de compétences du « performeur » et l’observation d’une situation pédagogique de transmission de cet art d’interpréter une chanson.

Jury

  • M. Jacques Cheyronnaud (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Talia Bachir-Loopuyt, Université de Tours
  • M. Lothaire Mabru, Université de Bordeaux – Montaigne
  • M. Emmanuel Pedler, EHESS
  • M. Jean-Louis Tornatore, Université de Bourgogne (Dijon)

Informations pratiques

Date(s)
  • Mercredi 1 juillet 2020 - 09:30
Lieu(x)
  • Visioconférence