Soutenance de thèse

Islam soufi, confréries et identité transnationale : analyse de l'expansion de la Mouridiyya en Europe

De Pape Serigne Sylla - Institut des mondes africains - IMAF

Résumé

Né d’un mouvement religieux localement constitué dans un contexte colonial sénégalais, la confrérie mouride a pour fondateur Cheikh Ahmadou Bamba, un saint soufi dont les enseignements et la doctrine se sont développés dans une partie de l’Afrique subsaharienne et bien au-delà. Cette confrérie s’est internationalisée au gré des fluidités migratoires de ses acteurs, notamment en raison de conjonctures, puis de rationalités économiques (S. Bava, 2004 ; Soarès 2007 ; Copans, 2005).    Alors que s’étiolent progressivement les frontières culturelles du fait de la mondialisation, de nouvelles pratiques transnationales s’opèrent depuis quelques années dans les champs migratoires européens de la confrérie en remettant en cause les bases des hiérarchies traditionnelles et la solidarité communautaire. Cette lame de fond a mené à une fragmentation identitaire croissante du mouridisme en contexte migratoire qui apparait sous différentes formes. L’accroissement de l’usage des médias confessionnels et autres réseaux de communication a conduit au renforcement des liens affinitaires, financiers et matériels des disciples avec les structures locales de la confrérie au pays d’origine. La solidarité communautaire traditionnelle s’atrophie au profit d’une religiosité plurielle et réflexive, désormais orientée vers la singularité de chaque itinéraire migratoire. Par ailleurs, les catégories confessionnelles dissidentes, à l’image du mouvement Thiantacoune qui est plus en vue, s’opposent ouvertement aux institutions confrériques traditionnelles. Cela a contribué à l’assujettissement de l’espace transnational mouride à de nouvelles formes d’expression identitaire par un émiettement de la religiosité.   La teneur dogmatique de ces nouvelles confessions traduit le phénomène que ce travail de recherche tente d’analyser : l’éclatement du mouridisme à travers des rapports conflictuels d’usages stratégiques multiples en contexte migratoire. Ces dissidences doctrinales s’expriment tout autant à travers l’émergence de la guidance spirituelle (imāma) de la femme, un phénomène de plus en plus observé dans le « soufisme moderne » (K. Hilary 2008 ; A. Neubauer 2009).  Il est question, par ailleurs, dans cette étude, d’une approche sur le mouridisme qui renvoie au paradigme de « l’islam vécu », permettant de positionner le soufisme à l’intérieur des islamités. L’apparition de nouveaux cultes dissidents, la singularité réflexive des expériences religieuses et la modernisation croissante des instruments de communication ont fini par faire du mouridisme en Europe une entité hétéroclite et discordante.

Jury

  • M. Houari Touati (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Dominique Avon, EPHE
  • M. Mouhamed Moustapha Dièye, Université Cheikh Anta Diop
  • M. Jean-Pierre Dozon, EHESS
  • Mme Marie Miran-Guyon, EHESS
  • M. Mahamet Timera, Université Paris Diderot

Informations pratiques

Date(s)
  • Lundi 27 septembre 2021 - 09:00
Lieu(x)
  • Visioconférence Afin d'affecter le moins possible la qualité de la visioconférence nous sommes contraints de limiter l'accès au public. Les personnes souhaitant assister à la soutenance devront se rapprocher du candidat.