Soutenance de thèse

Les juifs bouddhistes. Individualisme, bricolage et frontières dans la globalisation religieuse

Résumé

L’intégration aussi soudaine que réussie du bouddhisme en Occident au XXe siècle a entraîné dans son sillage l’apparition d’une nouvelle figure du croire à trait d’union : les « juifs bouddhistes ». Dans le contexte actuel de l’individualisation du croire et de la globalisation du religieux, cette constellation de postures individuelles se revendiquant à la fois du judaïsme et du bouddhisme témoigne des produits créatifs de l’émergence d’un bouddhisme occidental. Connu principalement aux États-Unis sous le label de « jubu », où selon les estimations, de 6 à 30% des pratiquants bouddhistes occidentaux seraient d’origine juive, le phénomène des juifs dans le bouddhisme est pourtant un phénomène global. Comment s’exprime-t-il en France et en Angleterre, deux autres pôles essentiels de la diaspora juive et du bouddhisme en Occident ? Comment comprendre le succès du bouddhisme en Israël aujourd’hui ? Pourquoi les juifs deviennent-ils bouddhistes, et comment articulent-ils ce choix croyant avec leur identité juive ? Le phénomène des juifs bouddhiste, souvent décrit comme un phénomène post-Shoah, est d’abord un produit de la modernité juive ashkénaze post-Lumières. Dans cette recherche, à partir d’une sociologie croisée de la réception du bouddhisme et de celle des trajectoires croyantes individuelles basée sur une enquête ethnographique longitudinale multisituée conduite entre 2008 et 2018 et composée d’entretiens et d’analyse de récits de vie de pratiquants et enseignants bouddhistes d’origine juive aux États-Unis, en Angleterre, en France et en Israël,  je tenterai de dresser un panorama comparatif et diachronique du phénomène des juifs bouddhistes visant à mettre en lumière ses tendances globales, ses particularités locales, et son évolution depuis la contre-culture des années soixante.  Parce qu’elle refuse le terme de conversion et s’exprime sous la forme de bricolages identitaires ou croyants, la posture de juif bouddhiste témoigne des liens entre l’individualisme religieux et le groupe, et demande de repenser le concept de syncrétisme dans le contexte de la globalisation religieuse contemporaine.

Jury

  • Mme Nathalie Luca (Directrice de thèse), CNRS
  • M. Jean-Christophe Attias, EPHE
  • M. Dominique Bourel, CNRS
  • M. Patrick Michel, ENS
  • M. Sébastien Tank-Storper, CNRS

Informations pratiques

Date(s)
  • Lundi 17 décembre 2018 - 14:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle BS1_05), 54 boulevard Raspail 75006 Paris