L'industrie de la concurrence. Étude des mesures de la compétitivité des Etats

Résumé

S’inspirant de réflexions sociologiques sur la dialectique évaluation-construction qui accompagne les outils de mesures, cette thèse cherche à faire la lumière sur l’utilisation des indices et des palmarès comme instruments disciplinaires du néolibéralisme. La mondialisation témoigne d’une multiplication des mesures, imposant une pression permanente sur une multitude d’entités qui ont le fardeau de la performance dans l’application des normes véhiculées. Le Forum économique mondial (FEM) et l’International Institute for Management Development (IMD) produisent annuellement des rapports sur la compétitivité des États, contribuant à les mettre en concurrence dans la conversion de leur logique interne au modèle colporté par les critères pris en compte dans la construction des indicateurs. Nommant ce modèle, la compétitivité est pourtant un concept assez flou sur le plan scientifique. D’abord appliquée aux entreprises pour désigner leur capacité à affronter la concurrence, elle a ensuite été importée dans l’univers des États. La compétitivité est double, désignant à la fois un projet intérieur et la concurrence existant entre les États pour établir ledit projet. Paradigme d’abord centré sur l’exportation, il est principalement relié aujourd’hui à l’attractivité, assignant à l’État une mission de séduction des capitaux et investissements à une époque d’hypermobilité, où ils sont ainsi particulièrement difficiles à capturer. Le projet de la compétitivité colporte un interventionnisme indirect, où chaque État doit mettre en place le cadre optimal au monde des affaires. Après avoir défini théoriquement le sens de la compétitivité comme projet politique, social et économique, notre thèse déconstruit les critères et méthodologies des grands classements chargés de mesurer son implantation dans chaque pays. Nous aspirons ainsi à faire la lumière sur une institution économique colportant la vision néolibérale du monde, et s’inscrit dans l’étude de traduction quantifiée de la réalité, questionnant la prétendue neutralité normative et scientifique de cette dernière.

Jury

  • Mme Florence Weber (Directrice de thèse), ENS
  • M. Jacques Sapir (Codirecteur), EHESS
  • M. Gilles Gagné, Université Laval, Québec (Canada)
  • M. Stéphane Longuet, Université de Picardie Jules Verne
  • M. Thomas Porcher, Paris School of Business
  • M. Assen Slim, INALCO

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 26 juin 2018 - 14:00
Lieu(x)
  • EHESS (Salle B S1_05), 54 boulevard Raspail 75006 Paris