Soutenance de thèse

The Making of a Postsocialist Fact – Caritas and Mutual-Aid Games, Romania, 1991-1994

Résumé

En mobilisant une variété d’inscriptions textuelles et graphiques (documents, articles de presse, publicités et petites annonces, transcriptions d'entretiens, travaux scientifiques et ouvrages de fiction), cette thèse se propose de reconstituer la dynamique des jeux d’entraide dans la Roumanie des années 1990. Les jeux d’entraide ont été associés avec les schémas pyramidaux Ponzi et fonctionnaient selon un principe pyramidal et de redistribution – le succès des inscrits dépendait largement de l’extension du réseau par l’intégration de nouveaux participants. Cette recherche est centrée sur la matérialité des jeux d’entraide, afin de montrer le travail des individus, des objets et des technologies pour leur fabriquer du sens. À cet effet, on a suivi deux axes d’argumentation convergents: premièrement, vu la marginalisation de l’étude des jeux d’entraide par l’histoire récente, la thèse gagne à être lue comme une histoire des jeux d’entraide, surtout de Caritas, dans la Roumanie des années 1991- 1995. Les événements sont repris par ordre chronologique, dans une tentative de faire parler autant les adeptes, que les opposants des jeux d’entraide. Toutes les analyses rétrospectives négligent la dimension temporelle de Caritas, ce qui introduit des biais importants dans l’étude de la séquentialité et des acteurs concernés. Secondement, en partant du grand nombre des participants, des montants mis en jeu et de l’exposition dans les médias, je me focalise sur les rapports de confiance et de pouvoir et sur leur fonctionnement à une grande échelle. Cette thèse met en cause l’une des explications courantes, selon laquelle le pouvoir politique et économique sont la matrice causale qui a souvent servi de grille de lecture pour les transformations de la société et de l’économie roumaines. Inspirée par la théorie de l’acteur-réseau, je propose une notion pragmatique du pouvoir, en le situant dans la manière où les inscriptions facilitent et organisent l’expérience du pouvoir. Le pouvoir se façonne en permanence entre les mains des acteurs qui le traduisent selon leurs objectifs. Ainsi, j’envisage Caritas comme un réseau hétérogène, constitué d’humains et de non-humains qui configurent les possibilités d’action. La confiance est établie à travers des tableaux, des listes des gagnants et de leur témoignages, des photographies, des détails comptables, des « immutable mobiles », tout comme des technologies de la confiance, sous la forme de l’expertise mathématique, de la suspension de l’anonymat, la gestion informatique de l’entreprise, les voix déléguées et les controverses concernant la nominalisation et la catégorisation. La perte de la confiance est un résultat des acteurs travaillant à faire passer pour accompli, un fait qui ne s’était pas encore produit (la faillite de Caritas). Ces procédures de facticité reposent sur l’association de l’ambiguïté avec l’illégalité, l’inflation de chiffres et de rhétorique quantitative, ainsi qu’avec la création d’une division entre les gagnants et les perdants des jeux d’entraide, qui finit par introduire de nouvelles catégories de « personne ».

Jury

  • M. Jean-Louis Fabiani (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Lazar Vlasceanu (Directeur de thèse), Université de Bucarest
  • M. Alfred Bulai, Ecole nationale d’études politiques et administratives (SNSPA), Bucarest
  • M. Darie Cristea, Université de Bucarest
  • M. Cyril Lemieux, EHESS
  • Mme Cosima Rughinis, Université de Bucarest

Informations pratiques

Date(s)
  • Lundi 15 janvier 2018 - 10:00
Lieu(x)
  • Université de Bucarest (Roumanie), Faculté de sociologie, salle du Conseil, 9 bd Schitu Magureanu