Soutenance de thèse

Mariage et bien-être des femmes en Afrique de l’Ouest

Résumé

En Afrique de l'Ouest, le mariage est une institution sociale majeure. Au Sénégal par exemple, en 2006, près de 90% des femmes de plus de 25 ans ont un jour été mariées. C'est aussi un bouleversement majeur dans la vie quotidienne, surtout pour la mariée qui, dans la plupart des cas, quitte le foyer dans lequel elle a grandi. Une autre caractéristique importante du mariage en Afrique de l'Ouest est qu'il implique un grand nombre d'acteurs : non seulement le couple mais aussi leurs parents et la famille étendue. La cérémonie se caractérise en outre par d'importants échanges financiers, entre différentes personnes : familles de la mariée, du marié et des voisins. Ces différentes caractéristiques peuvent être étudiées en regard de leur lien avec le bien-être des femmes au sein de leur ménage. L'objectif de cette thèse est d'ajouter à l'étude du sujet.
Dans le premier chapitre, nous nous demandons si les parents sont incités à marier leurs enfants à un membre de la famille afin de mieux s'assurer contre les chocs de revenu idiosyncrasiques défavorables.
A partir des données originales d'un panel de ménages recueillies au Sénégal en 2006/2007 et 2011/2012, nous constatons que le mariage intrafamilial des filles aide le ménage de leurs parents à mieux lisser la consommation alimentaire lorsqu'un parent est tombé malade, notamment parce que ces ménages reçoivent relativement plus de transferts. Nos résultats indiquent que la demande d'assurance des parents peut expliquer en partie le mariage endogame de leur fille. Ils étendent la littérature sur les liens entre les décisions de mariage et la demande d'assurance. Le deuxième chapitre examine l'impact d'une politique éducative sur le bien-être des femmes au Bénin. Profitant de la forte augmentation des constructions scolaires dans les années 1990 dans ce pays, nous évaluons l'impact causal d'un programme d'enseignement primaire sur la fréquentation de l'école primaire, l'âge au mariage et la tolérance à la violence conjugale. En utilisant une méthode de double différence et un modèle de régression sur "kink", nous constatons que le programme a augmenté la probabilité de fréquenter l'école primaire dans les zones rurales. La politique a également réduit la probabilité de trouver que les coups infligés à l'épouse sont tolérables.  Nous montrons que, dans ce contexte, les avantages de l'éducation des filles se sont répercutés sur le bien-être des femmes au-delà de l'objectif initial de la politique. Dans le troisième chapitre, nous examinons la relation entre la compensation matrimoniale et le bien-être de l'épouse dans son ménage. Nous tenons compte de l'existence simultanée d'autres paiements de mariage, qui vont dans des directions différentes entre les parties prenantes, et qui sont largement ignorés. Nous utilisons une enquête unique en son genre qui s'interroge séparément sur les différentes prestations matrimoniales. Nous soulignons la force du lien entre ce qui est donné à la mariée elle-même et son bien-être, contrairement au lien ténu avec ce qui est donné à la famille.

Jury

  • Mme Sylvie Lambert (Directrice de thèse), INRA
  • M. Richard Akresh, University of Illinois
  • M. Luc Behaghel, INRA
  • Mme Catherine Guirkinger, University of Namur
  • Mme Roberta Ziparo, Aix-Marseille Université

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 21 mai 2019 - 13:30
Lieu(x)
  • Ecole d'Économie de Paris (Paris School of Economics), salle R1-14, 48 boulevard Jourdan 75014 Paris