Soutenance de thèse

Mouvements sociaux et internet en Inde : stratégies de visibilité médiatique et d'intégration à l'espace public. Le cas du mouvement dalit

Résumé

Avec plus de cent vingt-cinq millions d’utilisateurs et un taux de croissance d’environ 40 % par an, l’Inde est devenue en 2012 le troisième marché numérique mondial et l’un des plus jeunes, avec environ 75% des internautes âgés de quinze à trente-quatre ans. Les gouvernements successifs ont d’ailleurs été conscients de l’importance des enjeux qui y sont liés et n’ont pas hésité à faire des nouvelles technologies l’étendard de « l’Inde qui brille ». Les nouvelles technologies d’information et de communication transforment par ailleurs le paysage médiatique et les voies d’accès à l’espace public. Malgré cela, l’impact de ce nouveau média sur la société indienne demeure peu étudié. Ce travail de thèse s’attache à comprendre la façon dont l’essor d’internet a contribué à façonner de nouveaux modes d’organisation des mouvements sociaux en Inde, des actions et mobilisations collectives à leur stratégie de visibilité. La recherche se focalise plus précisément sur le mouvement dalit, porté par et pour les populations anciennement désignées comme « intouchables », et qui correspond à ce que Nancy Fraser a désigné comme un contre-public subalterne. Cette réflexion se situe au croisement de la sociologie des mouvements sociaux et de la sociologie des médias, et repose sur une approche de terrain double, construite entre deux territoires régis par des rapports différents à l’espace et au temps : en ligne, et hors-ligne, sur le terrain, en Inde. Cette démarche a permis d’observer le rapport complexe entre les militants dalits et les médias de masse indiens, marqué par la défiance et l’exclusion, avant de nous concentrer sur l’analyse d’une nouvelle élite au sein de ces groupes, qui au tournant des années 2000 a peu à peu investi internet comme un prolongement de son activité médiatique communautaire. Centrée sur un groupe resserré d’acteurs et leurs activités militantes depuis 2002, cette thèse met en exergue la façon dont s’est structuré un nouveau réseau militant, à cheval entre deux espaces aux logiques parfois antagonistes, et les dynamiques internes qui y ont été initiées : une nouvelle identité et des discours renouvelés, malgré l’éclatement géographique de cette communauté.  Peu à peu, de nouveaux leaders ont émergé au sein de ce groupe dans lequel les logiques d’influence ont pris le pas sur celles de la représentation ; nos observations donnent à voir les points de tensions qui le traversent, pour maintenir une cohérence et une cohésion interne.  Ces problématiques pèsent en particulier sur les porte-paroles qui placent la construction d’une nouvelle identité et le retournement du stigmate au cœur de leur démarche. La position d’intellectuel organique qui leur est désormais attribuée apparait à certains comme une aporie à la fois éthique et idéologique.  Au-delà du cas indien, ces parcours - et la très grande réflexivité produite par ces militants – témoignent du fait que l’analyse des rapports entre mouvements sociaux et médias est une opportunité inégalée de sonder les évolutions contemporaines de l’espace public, entre intégration et fragmentation.

Jury

  • Mme Loraine Kennedy (Directrice de thèse), CNRS
  • Mme Valérie Beaudouin (Codirectrice), Telecom ParisTech
  • M. Dominique Cardon, IEP Paris
  • M. Daniel Cefaï, EHESS
  • M. Geoffrey Pleyers, Université catholique de Louvain (Belgique)
  • Mme Blandine Ripert, CNRS

Informations pratiques

Date(s)
  • Vendredi 01 février 2019 - 09:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle 13), 105 boulevard 75006 Paris