Soutenance de thèse

Par amour des femmes." La pilule contraceptive en France, genèse d'une évidence sociale et médicale (1960-2000)

Résumé

La pilule contraceptive est aujourd'hui centrale dans les pratiques comme dans les représentations en France, au point que son recours élevé et que le moindre usage des autres méthodes fassent figure d'évidence. La thèse retrace la genèse de cette évidence, en montrant de quelle manière le recours à la pilule comme méthode principale de contraception est devenu, entre 1960 et  2000, une norme sociale et médicale. Elle s'appuie pour cela sur un large corpus d'archives, sur des entretiens avec des expert·e·s en contraception, et sur les données d'enquêtes nationales sur les pratiques contraceptives et prescriptives. Cette recherche montre que la norme contraceptive française -- faisant de la pilule la méthode principale d'espacement des naissances, et du dispositif intra-utérin la principale contraception d'arrêt, lorsque les femmes ne souhaitent plus avoir d'enfant -- se généralise au cours des années 1980. En parallèle de cette évolution dans les pratiques, la pilule devient centrale dans les représentations médicales et médiatiques à la fin des années 1960, jusqu'à se confondre avec la contraception dans son ensemble. Ce «pilulocentrisme» médical et médiatique s'accompagne de l'éviction des autres méthodes contraceptives. Ce travail de thèse a permis d'éclairer le rôle des expert·e·s en contraception dans la définition et la diffusion de cette norme. D'une vision de la contraception comme une panoplie de méthodes, ces expert·e·s évoluent progressivement vers l'idée que la pilule est la seule méthode efficace et sans risque, dans les limites de ses contre-indications. Les industries pharmaceutiques ont également un rôle déterminant dans la définition des catégories mobilisées par les expert·e·s, et dans la focalisation progressive de l'offre contraceptive sur  les contraceptifs oraux.  Si des tentatives de contestation de la norme contraceptive ont émergé, notamment dans le champ médical, à la fin des années 1960 et au début des années 1980, elles n'ont finalement eu que peu d'impact. Les militantes féministes des années 1970 se sont révélées être des alliées plutôt que des opposantes à cette norme, et ont érigé la pilule comme symbole des luttes pour les droits reproductifs.

Jury

  • Mme Ilana Löwy (Directrice de thèse), INSERM
  • Mme Nathalie Bajos (Co-Directrice), INSERM
  • Mme Catherine Achin, Université Paris Dauphine
  • M. Michel Bozon, INED
  • M. Patrick Castel, IEP Paris
  • M. Dominique Memmi, CNRS
  • Mme Bibia Pavard, Université Panthéon Assas
  • Mme Christelle RABIER, EHESS

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 16 juin 2020 - 14:30
Lieu(x)
  • Visioconférence