Soutenance de thèse

Participation(s) citoyenne(s) au processus de réforme foncière au Sénégal (2010-2017) ».TerriStories, un jeu de rôles et de simulations pour faire délibérer des paysans

De Camille Richebourg - Centre Norbert Elias - CNE
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De Camille Richebourg - Campus EHESS Marseille

Résumé

Ce travail de recherche analyse les dispositifs participatifs mis en place pour contribuer à la réforme foncière rurale au Sénégal. Il porte plus particulièrement sur l’analyse d’un jeu de rôles et de simulations issu de la démarche ComMod, appelé TerriStories, conceptualisé par un chercheur français et mis en œuvre par une ONG sénégalaise entre 2012 et 2015. Cette thèse fait d'abord une lecture historique des politiques foncières depuis l’indépendance, discutant la façon dont, aux différentes étapes, les connaissances sur les dynamiques foncières et les points de vue des acteurs du monde rural ont été ou non pris en compte et par quelles médiations. Il s’intéresse ensuite aux débats contemporains (2010-2017) et à la diversité des dispositifs mis en place, “l’offre publique de participation” incarnée par la Commission Nationale de Réforme Foncière co-existant avec des initiatives liées à des organisations paysannes et une ONG. Afin de distinguer ces dispositifs entre eux, leur “intention participative” est explicitée et mise à l’épreuve du design conceptuel du dispositif : type de public suscité, modes d’interactions privilégié, degré d’ouverture du débat et influence de celui-ci sur le processus décisionnel. Une telle analyse permet de mettre en avant l’originalité du dispositif TerriStories, dont la conception se veut émancipatrice et cherche à éviter le contrôle expert des dispositifs participatifs en offrant l’opportunité aux acteurs ruraux de débattre autour de leurs propres catégories. L’analyse de la genèse de cet outil et de sa mobilisation sur le dossier foncier permet de comprendre les ambitions délibératives qu’il prétend incarner. Les chapitres suivant mettent à l’épreuve cette ambition délibérative : d’abord en analysant la mise en œuvre des ateliers sur le terrain, le choix des participants, la dynamique du jeu et le rôle de l’animateur ; puis en étudiant à partir des transcriptions des débats, la façon dont les joueurs échangent, argumentent et font des choix. De manière exploratoire, ce travail mobilise les théories de l’argumentation pour décrypter des séquences d’échanges, et montrer qu’il y a effectivement échanges d’arguments pour tenter de convaincre, ce qui correspond à la définition de la délibération ou, en tout cas, à l’une d’entre elles. Dans le jeu, les acteurs ruraux parviennent à se mettre d’accord sur les principes de justice qu’ils souhaiteraient pour la gouvernance des terres, et en particulier les modalités d’accueil d’investisseurs externes, un enjeu crucial des projets de réforme. Cette analyse du dispositif TerriStories montre également que la démarche a été bricolée, mise en œuvre partiellement, et en particulier que les étapes ultérieures aux ateliers villageois, censées permettre une remontée de ces principes paysans dans les arènes de débat sur la réforme, n’ont pas pu être réalisées, ou l’ont été d’une façon qui redonne le pouvoir aux experts.

Jury

  • M. Philippe Lavigne Delville (Directeur de thèse), IRD
  • Mme Martine Antona, CIRAD
  • M. Giorgio Blundo, EHESS
  • M. Jean-Michel Fourniau, DEST-IFSTTAR
  • Mme Joëlle Zask, Université Aix-Marseille
  • M. Philippe Zittoun, ENTPE - Université de Lyon

Informations pratiques

Date(s)
  • Vendredi 13 décembre 2019 - 14:00
Lieu(x)
  • EHESS Marseille, Centre de la Vieille Charité, 2 rue de la Charité 13005 Marseille