La réglementation du prêt personnel au Japon. Une économie politique historique.

De Adrienne Sala - Chine, Corée, Japon (CCJ)

 

Résumé

Inclure davantage le cas du Japon dans les études comparatives sur le crédit aux ménages et l’endettement des particuliers permet d’analyser conjointement plusieurs enjeux majeurs auxquels sont confrontés les pays capitalistes avancés. Ce thème permet aussi d’intégrer plusieurs questions centrales de la recherche en sciences sociales sur le Japon contemporain: la faiblesse du système bancaire révélée par la longue crise financière des années 1990 suite à l’éclatement de la bulle spéculative au début des années 1990, l’apparition de nouveaux risques et la faible protection sociale d’une partie de la population, le difficile accès au crédit des PME, TPE et des entrepreneurs individuels; ou encore l’évolution du capitalisme japonais et la question du changement institutionnel. Cette thèse se propose d’être une contribution aux études portant sur l’histoire du crédit aux ménages et de sa réglementation en analysant plus particulièrement l’évolution (depuis la période moderne jusqu’à la fin des années 2000) du prêt personnel dans la société japonaise, en prenant en compte son environnement institutionnel et les changements dans les relations de travail. Il s’agit également de montrer l’apparition du problème de cumul de crédits chers et faciles conduisant à une situation de « surendettement » et d’étudier la prise de conscience sociale et juridique de ce phénomène, pour analyser enfin, la réponse politique et réglementaire aboutissant à l’adoption de la loi de 2006. Les principaux résultats montrent que la persistance de conflits d'intérêts contradictoires a réduit l'efficacité du cadre institutionnel historique appliqué au marché des prêts personnels permettant aux prêteurs d’élaborer des règles informelles et de profiter d’une zone grise pour exercer leur activité. Les pratiques abusives et l’application de hauts taux d’intérêt ont entraîné un problème de cumul de crédits chers et faciles conduisant à des situations dramatiques. En l’absence de mobilisations sociales et d’actions collectives organisées par les agents sociaux pour défendre les intérêts des victimes face à la force de pression historique des prêteurs - sarakin- cette situation a perduré pendant une quarantaine d’années. Les avocats ont oeuvré à la défense des victimes depuis les années 1970, mais ce n’est qu’à la fin des années 1990 qu’ils sont parvenus progressivement à modifier la perception négative de l’opinion publique à l'égard des emprunteurs, dans un contexte de crise économique et de scandales, en introduisant la notion juridique de « surendettement » causé par un cumul de crédits chers - quasiment indissociable du marché des sarakin. Les actions collectives des groupes de défense des personnes «  surendettées » ont accru la saillance du sujet, mesurée par un traitement des données journalistiques, facilitant l’entrée du « problème des sarakin » sur l’agenda politique, aboutissant à la loi de réforme du marché (2006-2010). Cette loi répond plus largement à l’évolution de plusieurs forces de changement comme l’apparition de nouvelles technologies, de nouveaux acteurs du crédit et de nouveaux outils juridiques adaptés au traitement du surendettement des particuliers.

Jury

  • Pierre-Cyrille Hautcoeur, (directeur de thèse), EHESS
  • Patrick Fridenson, EHESS
  • Sébastien Lechevallier, EHESS
  • Jean-Pascal Bassino, ENS de Lyon
  • Sabine Effosse, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense
  • Bernard Thomann, INALCO

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 21 juin 2016 - 09:30
Lieu(x)
  • EHESS (salle 015) - 190-198 avenue de France 75013 Paris