Soutenance de thèse

La rencontre. Les social scientists et les soldats américains, 1941-1953

Résumé

Cette thèse porte sur les contributions de chercheurs en sciences sociales à la gestion des soldats américains, de leur naissance dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et de l’immédiat après-guerre à leur réorientation dès la fin de la guerre de Corée. Adoptant une approche compréhensive qui prête autant d’attention aux acteurs militaires que scientifiques, elle montre que ce premier moment de l’histoire du complexe militaro-intellectuel est une période d’expérimentation liée aux transformations de l’institution militaire et de sa place dans la société américaine alors que ses effectifs deviennent bien plus nombreux et divers qu’au cours de l’entre-deux-guerres. Étudier au plus près les relations qui se nouent alors entre les militaires et les chercheurs, formés notamment en psychologie et en sociologie, permet d’éclairer les processus de transformation des institutions ainsi que le recours à l’expertise en sciences sociales et la production de savoirs hors du monde universitaire. Cette production implique des formes d’échange et de négociation à toutes ses étapes et les chercheurs, qui ne voient ni illégitimité à leur participation aux efforts de gestion, ni incompatibilité avec la poursuite d’objectifs scientifiques, s’efforcent de développer un savoir-faire de la recherche en milieu militaire. Leurs travaux se focalisent sur des objets identifiés comme des clés de l’efficacité des forces armées, étudiés dans une perspective béhavioriste à l’aide de méthodes quantitatives. Mobilisant ceux menés dans le secteur privé, ils contribuent à l’importation de conceptions en matière de gestion depuis la sphère civile vers l’institution militaire. L’évolution des pratiques, au-delà de la mise en œuvre des recherches elles-mêmes, reste plus locale et diffuse en raison de la nature de certains des savoirs produits ainsi que du manque d’intérêt ou de l’opposition d’une partie des militaires. Les usages limités de recherches considérées avec suspicion par certains élus au Congrès et la primauté accordée aux développements technologiques contribuent à un repli et une réorganisation de l’appareil de recherche au début des années 1950.

Jury

  • M. Stéphane Audoin-Rouzeau (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Romain Huret (Co-Directeur), EHESS
  • Mme Annette Becker, Université Paris Nanterre
  • Mme Pauline Peretz, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
  • Mme Caroline Rolland-Diamond, Université Paris Nanterre
  • M. Emmanuel Saint-Fuscien, EHESS

Informations pratiques

Date(s)
  • Samedi 3 décembre 2022 - 09:30
Lieu(x)
  • Les personnes qui souhaitent assister à la soutenance par visioconférence sont invitées à se rapprocher du candidat