Soutenance de thèse

Un saint du passé pour le futur de l’Empire. L’étrange cas du Βίος τοῦ ἁγίου Ἰωάννου βασιλέως τοῦ Ἐλεήμονος et la figure de Georges de Pélagonie

Résumé

Cette recherche porte sur la représentation littéraire à multiples facettes de l’empereur Jean III Vatatzès (1222-1254), qui régna sur le trône de Nicée pendant la crise succédant à l’épilogue tragique de la Quatrième Croisade, avec la conquête de Constantinople et la fragmentation de l’Empire dans son espace périphérique. Souverain victorieux sur le champ de bataille, médiateur doué, auteur d’une politique sociale centrée sur les besoins des plus pauvres et réformateur efficace dans le domaine des finances, Jean III obtint déjà de son vivant l’admiration de ses sujets, auxquels il garantit une période prospère ; pour ces raisons, il fut l’objet de plusieurs éloges et célébrations, qui aboutirent rapidement à la création et au développement d’un culte personnel. De ce phénomène assez particulier dans le millénaire byzantin, nous conservons aujourd’hui deux hagiographies, l’une écrite par Georges de Pélagonie, datant du troisième quart du XIVème siècle, et l’autre, anonyme, datée du XVIIème siècle, reprise et remaniée par Nicodème l’Hagiorite. Il existe aussi des fragments liturgiques, notamment une akolouthie à double tradition textuelle, ainsi qu’une entrée du Synaxaire. Ces textes, dont l’origine et la fonction ont été souvent mal interprétées, résultent de la surprenante rencontre entre dynamiques politiques des souverains, stratégies de propagande émises par la classe dirigeante et, finalement, ferveur religieuse des fidèles lors du crépuscule de l’Empire byzantin. Après avoir recueilli et analysé tous les textes concernant l’empereur Vatatzès, établi une nouvelle édition des textes édités au début du XXème siècle ou copiés dans les manuscrits médiévaux, puis les avoir enfin confrontés en utilisant une approche à la fois positiviste et sociale, nous établissons un contexte plus précis de l’émergence de la sainteté de Jean III, en suivant son évolution depuis la dernière époque byzantine jusqu’à nos jours, et (re)-découvrons son rôle dans la formation de la mémoire sociale et des sentiments identitaires des Grecs pendant les longs siècles sous occupation ottomane. À la lumière de ces nouveaux éléments, les hypothèses concernant la question de la sainteté byzantine – encore assez débattue entre les chercheurs – seront revisitées par le biais d’une confrontation entre les entrées impériales dans le Synaxaire de Constantinople ; une mise à jour concernant le mystérieux écrivain byzantin Georges de Pélagonie et son corpus éclectique ne sera pas oubliée dans ce travail.

Jury

  • M. Paolo Odorico (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Béatrice Caseau, Université Paris Sorbonne
  • Mme Marie-Hélène Congourdeau, CNRS
  • M. Bernard Heyberger, EHESS
  • M. Charalampos Messis, Université d’Athènes
  • Mme Sophie Métivier, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • M. Andrei Timotin, EPHE

Informations pratiques

Date(s)
  • Vendredi 14 octobre 2022 - 15:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle A07_37), 7e étage, 54 boulevard Raspail 75006 Paris