Soutenance de thèse

Salariés et salariées de Fralib à Gémenos. Une anthropologie des subjectivités ouvrières (vers 1980-2014)

De Florent Berlioux - Centre Norbert Élias - CNE
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De Florent Berlioux - Campus EHESS Marseille

Résumé

De 2010 à 2014, l’usine de conditionnement de thés et d’infusions Fralib, près de Marseille, est le théâtre d’une lutte ouvrière parmi les plus importantes de ces trois dernières décennies. Engagé-e-s sur le terrain syndical, politique et judiciaire contre une grande multinationale de l’agroalimentaire, les salarié-e-s combattent la délocalisation de leur usine en Pologne. Ils/elles ambitionnent de se réapproprier les outils de production et construire une coopérative porteuse d’engagements sociaux et environnementaux. Des luttes similaires d’« usines récupérées » se sont multipliées ces deux dernières décennies s’inspirant des premières expériences de récupération en Argentine. Ces mobilisations ouvrières proposent des formes de résistances originales à la déterritorialisation d’une économie capitaliste mondialisées mettant les travailleur-se-s de différents pays en concurrence, tout en les éloignant des centres de décision. Dans un contexte d’invisibilité sociale et politique des mouvements ouvriers, ce travail enquête sur les subjectivités des acteur-rice-s de cette mobilisation présentée comme une lutte « pour la préservation de l’emploi ». La fermeture d’une usine n’est pas anticipée par les travailleur-se-s mais le « collectif des salariés » qui y fait face trouve ses fondements dans l’économie des relations sociales de l’atelier. A partir d’un travail ethnographique, l’analyse restitue l’économie morale des travailleur-se-s de l’usine ces trente dernières années et étudie leur « capacité d’agir » (agency) dans un espace de dominations. Cette études se focalise sur l’hybridisation des acteur-rice-s de l’employé-e-s au coopérateur-rice-s au travers d’une lutte sociale, économique, politique et culturelle. Par quels processus les salarié-e-s d’une usine en viennent à revendiquer sa propriété ? Comment les ouvrier-ère-s passent des résistances individuelles et collectives en production à la constitution d’un acteur politique ? Comment se positionnent-ils/elles vis-à-vis de l’histoire des mouvements ouvriers auparavant au cœur de la vie politique et aujourd’hui marginalisés ? Quels sont les rapport des individus avec la « classe » et ses institutions représentatives ?

Jury

  • M. Jean Boutier (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Valeria Siniscalchi (Codirectrice), EHESS
  • Mme Anne Bory, Université Lille 1
  • M. Pierre Fournier, Aix-Marseille Université
  • Mme Krista Harper, University of Massachussets
  • M. Stefano Musso, Universita degli Studi di Torino

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 20 décembre 2018 - 14:00
Lieu(x)
  • EHESS Marseille (salle 205), 2e étage, Centre de la Vieille Charité, 2 rue de la Charité 13002 Marseille