Un salariat libéral. Les vacataires des instituts de sondages Sociologie d\'un marché du travail dérégulé

De

Lundi 2 juillet à 14h à l'EHESS, salle 524 (5ème étage), 54 boulevard Raspail, 75006 Paris, Remy Caveng soutiendra sa thèse : Un salariat libéral. Les vacataires des instituts de sondages. Sociologie d'un marché du travail dérégulé

Le jury sera composé de:
  • M. Stéphane BEAUD, Professeur à l'Université de Nantes
  • M. Alain CHENU, Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris
  • M. Michel GOLLAC, Administrateur INSEE / CREST (directeur)
  • Mme Francine MUEL-DREYFUS, Directrice d'études à l'EHESS
  • M. Serge PAUGAM, Directeur d'études à l'EHESSM. Roland PFEFFERKORN, Professeur à l'Université Marc Bloch de Strasbourg
Résumé
Les instituts de sondages, dont l'activité est soumise à de fortes contraintes économiques et temporelles, emploient de nombreux salariés sous CDD de courtes durées (les vacataires) pour la réalisation de tâches liées aux opérations dites de terrain. Minoritaire, cette condition d'emploi tend pourtant à se normaliser et l'instabilité contractuelle n'implique pas forcément une instabilité des relations d'emploi. On observe au contraire des logiques de stabilisation des vacataires. Entre ceux-ci et les cadres chargés du recrutement et de la distribution du travail, s'établissent des formes de contrats implicites, asymétriques et fragiles. Pour les vacataires, le meilleur moyen d'équilibrer ce rapport de force et de sécuriser leur position est de se constituer un capital de compétences variées afin d'accroître leur employabilité. Même s'il est générateur d'angoisse et implique une mobilisation permanente pour parvenir à trouver des missions, le statut de vacataire permet, dans une certaine mesure, de maîtriser ses engagements et d'arbitrer entre les différents temps de la vie quotidienne. Cependant, en fonction des propriétés et des trajectoires sociales des agents, on peut distinguer différents degrés d'ajustement et des usages sociaux plus ou moins « heureux » de cette condition, qui n'est ni maîtrisée, ni appréciée de la même façon par tous. De plus, de tels liens d'emploi posent d'importants problèmes de loyauté et de qualité du travail. Ils rendent notamment improbable la formation d'un « genre professionnel », au sens de la psychodynamique de l'activité. Pourtant, alors que tout semble s'y opposer, les vacataires forment des collectifs régis par des règles propres, élaborent leurs normes de production et opposent des résistances à la recherche de productivité. La précarité n'est donc pas la seule caractéristique de l'emploi des vacataires. C'est pourquoi nous préférons le caractériser comme un « salariat libéral ». Ce dernier concerne ici des travailleurs qui ne sont ni des professionnels de haut niveau fortement investis dans leur travail, ni des individus dépourvus de toute ressource distinctive et désarmés face à l'exploitation. Peut-on pour autant envisager sa généralisation ? Le secteur des sondages fonctionne grâce à l'existence d'un chômage frictionnel et ne serait pas viable si les vacataires ne pouvaient compter sur une indemnisation par les ASSEDIC, l'ensemble des cotisants subventionnant ainsi la production d'enquêtes. Les standards de qualité d'une partie au moins de ce secteur sont bas. Enfin le degré minimal d'engagement dans le travail d'enquêteur et dans la gestion de sa propre carrière suppose des dispositions particulières. Pour des raisons économiques, sociologiques, et aussi psychologiques, la viabilité d'un tel modèle apparaît donc comme assez restreinte.

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