Soutenance de thèse

S'exposer en inquiétude. Le sujet fait et défait avec les médiations nouvelles sur sa santé

Résumé

L’être humain est de plus en plus souvent inscrit dans des contextes où lui est accessible un savoir nouveau portant sur sa vie biologique. A portées de mains ou de clics, des médiations toujours plus nombreuses (e.g. usages du web en matière de santé, tests génétiques prédictifs ou « récréatifs », applications sur smartphone) le mettent en relation avec des formats d’information de plus en plus diversifiés (e.g. diagnostics en ligne, prédispositions génétiques, probabilités) relatifs à son intériorité biologique, son corps, ses neurones, ses gènes, etc. Des formats d’information qui éprouvent la personne en la confrontant à de nouvelles inquiétudes qu’elle doit traverser. Menée sur base de trois terrains situés dans le champ de la santé (consultation médicale, l’usage du web en matière de santé, l’usage de tests génomiques), cette recherche contribue à la compréhension de ce phénomène de société. Elle s’applique en particulier à préciser la variété des façons dont la personne intègre ces données nouvelles qui s’accompagnent d’une prétention à un réalisme fort. L’approche préconisée s’articule à un questionnement anthropologique singulier : Comment la personne s’arrange-t-elle de situations dans lesquelles elle est mise en relation non plus seulement avec d’autres humains mais au premier titre avec des données objectivantes relatives à son intériorité biologique ? Cette question anthropologique invite à porter au moins autant d’attention à ce qui nous relie à autrui et à notre environnement, qu’aux façons dont l’humain assure une continuité avec lui- même dans des situations où le vivant pose question. Cette recherche démontre que la conduite effectivement adoptée par les usagers des trois médiations examinées est irréductible à l’attente d’autonomie souvent promue comme prise en charge de sa santé relevant d’un plan d’action orienté vers un but à atteindre. Soutenue par des outils sociologiques qui sous-tendent une conception plurielle du sujet et de l’action, cette recherche attire surtout l’attention sur des dynamiques peu traitées dans les sciences sociales de la santé. L’examen attentif du maintien du sujet mis à l’épreuve de ces nouveaux savoirs jette une lumière nouvelle sur l’habileté de l’humain à évoluer entre une pluralité de positions, de définitions de ce qu’il se passe et/ou de qui il est afin de s’arranger de ces découvertes qui insécurisent son état de sujet. Plutôt que de considérer le caractère ambivalent, équivoque et parfois carrément ambigu de la conduite de l’usager comme un échec de l’analyse, ce travail contribue à une approche de la composition dans le rapport à soi et à autrui.

Jury

  • M. Laurent Thevenot (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Nathalie Zaccaï-Reyners (Directrice de thèse), Université Libre de Bruxelles (Belgique)
  • M. Mathieu Berger, Université catholique de Louvain
  • M. Fabrizio Cantelli, Université Libre de Bruxelles
  • M. Nicolas Dodier, EHESS
  • M. Jean-Louis Genard, Université Libre de Bruxelles
  • Mme Laurence Kaufmann, Université de Lausanne

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 24 avril 2018 - 15:00
Lieu(x)
  • Université Libre de Bruxelles, Campus du Solbosch, bâtiment H, salle H. 3241 (salle du Conseil), 50 avenue F. Roosevelt - 1050 Bruxelles (Belgique)