Soutenance de thèse

La sexualité aux temps de la contraception. Genre, désir et plaisir dans les rapports hétérosexuels (France, années 1960 - années 2010)

Résumé

Ce travail de thèse porte sur les recompositions de la sexualité hétérosexuelle et des rapports de genre en France, depuis les années 1960, dans un contexte de généralisation de l’utilisation de la contraception médicale. Il vise à faire la sociogenèse des scripts de la sexualité « contraceptée », que cette contraception soit assurée par des moyens « médicaux » (méthodes hormonales, stérilet au cuivre, stérilisation), des méthodes barrières (préservatif masculin ou féminin, diaphragme, spermicides) ou encore par des méthodes alternatives souvent qualifiées de « naturelles », comme le retrait ou les méthodes d’auto-observation (méthode Ogino, méthode des températures, méthode Billings, méthode symptothermique). Le travail s’appuie sur trois types de matériaux : des données d’archives et des témoignages écrits, une analyse secondaire de données quantitatives et 71 entretiens semi-directifs avec des hommes et des femmes ayant entre 20 et 84 ans. Il s’agit, à partir de ces matériaux, de rendre compte des représentations naturalisées de la sexualité, du désir et du plaisir sexuels, ainsi que des rapports de pouvoir qui sont mis au jour par l’étude concrète des pratiques contraceptives et sexuelles. La thèse restitue d’abord la construction et le déroulement de l’enquête, en interrogeant épistémologiquement la sexualité aux différentes ères de la contraception. Il s’agit de réfléchir à la construction d’un objet qui ne va pas « de soi », ainsi que de mener une réflexion méthodologique sur les conditions de possibilité d’une telle recherche sur la sexualité. Puis c’est une démarche sociohistorique qui est adoptée, avec l’étude de l’évolution de l’articulation entre sexualité et contraception, en particulier autour de la diffusion de la contraception médicale (années 1960-1970) et de celle du préservatif (années 1980-1990). La recherche montre que le plaisir sexuel des femmes n’est pas né avec la pilule, mais également que les rapports de genre autour de la sexualité se sont largement recomposés dans cette période, alors que la contraception passait du statut de compétence masculine à celui de responsabilité féminine. En se centrant ensuite sur le milieu des années 2010, la thèse s’appuie sur l’étude détaillée des pratiques contraceptives, pour approcher la sexualité et les réflexivités sexuelles créées par chaque méthode. Revenant successivement sur les méthodes médicales, les méthodes barrières et les méthodes alternatives de contraception, elle met au jour trois types de réflexivité sur la sexualité (attentive, obligatoire et amplifiée). Le travail contraceptif impliqué par chaque méthode y est également interrogé, de même que ses effets en matière de désirs, de plaisirs et de pratiques sexuelles. Enfin, ce travail met en évidence, grâce à l’étude de la contraception, certains fondements de la sexualité hétérosexuelle contemporaine. Ce sont en particulier la force de la réciprocité, la centralité de la pénétration pénovaginale et la nécessité des disponibilités physique et émotionnelle pour le bon déroulement du script « banal » qui sont mises en évidence, ainsi que le travail des femmes sur la sexualité pour produire la spontanéité de ce script.

Jury

  • M. Michel Bozon (Directeur de thèse), INED
  • Mme Nathalie Bajos, INSERM
  • Mme Delphine Gardey, Université de Genève
  • M. Olivier Martin, Université Paris Descartes
  • Mme Anne Paillet, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • M. Regis Schlagdenhauffen, EHESS
  • Mme Michelle Zancarini-Fournel, Université Claude Bernard -Lyon 1

Informations pratiques

Date(s)
  • Lundi 18 novembre 2019 - 14:00
Lieu(x)
  • INED (salle Sauvy), 133 boulevard Davout 75020 Paris