Du sujet de l\'anatomie à l\'anatomie du sujet

De

Thèse soutenue par Raphaël Cuir

Préparée sous la direction de Yves Hersant

Présidente du jury : Mme Nadeije Laneyrie-Dagen, Professeure à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris

Jury : M. Bernard Andrieu, Maître de conférences à l'IUFM de Lorraine
M. Jean-Philippe Antoine, Maître de conférences à l'université Lyon-III
Mme Shelley Rice, Professeure à New York University

Spécialité : Histoire


À partir du premier traité d'anatomie moderne imprimé, le Commentaria de Berengario da Carpi (1521), et surtout avec la Fabrica de Vésale (1543) qui a transmis le modèle de la planche anatomique pour trois siècles, la rhétorique de l'autodémonstration constitue la particularité essentielle des représentations anatomiques jusqu'au XVIIIe siècle. Au regard des caractéristiques attribuées à l'image scientifique aujourd'hui, elle se présente comme un paradoxe, l'animation des squelettes et des écorchés, mais elle n'en était pas un pour les anatomistes et les artistes du XVIe siècle. Se demander pourquoi les figures anatomiques étaient représentées comme des corps vivants, c'est poser une question dont la réponse philosophique se trouve dans la culture humaniste des anatomistes. Elle se développe au sein d'un même cadre de pensée que la théorie de l'art développée à partir d'Alberti, elle-même influencée par la philosophie naturelle de Galien et Aristote, source essentielle du finalisme à trois brins, scientifique, esthétique et théologique qui tresse la rhétorique de l'anatomie finaliste.

Avec l'autodémonstration des écorchés, l'anatomie se pose d'emblée comme une pratique réflexive, un savoir qui se donne d'abord comme relation à soi. Le « connais-toi toi-même » s'avère alors le message essentiel d'une science née en participant à l'élaboration du sujet moderne. De l'autoportrait de Michel-Ange dans la peau de l'écorché (saint Barthélemy du Jugement dernier, Chapelle Sixtine) à des oeuvres récentes comme celles d'Orlan, Venet, Barbier et Quinn... se manifeste le rapport privilégié des artistes à l'imaginaire de l'anatomie et de la science, quand l'art devient un mode de subjectivation, un moyen par lequel le sujet, tout en demeurant sujet, devient objet pour lui-même, accomplit l'« expérience de lui-même » qui lui permet de se (re)définir, voire de se réinventer lui-même.

From the subject of anatomy to the anatomy of the subject


Starting from the first modern printed treatise on anatomy (the Commentaria by Berengario da Carpi (1521), and most notably with the Fabrica by Vesale (1543), which passed on the anatomical plate model for three centuries), selfdemonstration rhetoric made up one of the main particularities of anatomical representations up until the 18th century. From the point of view of the characteristics attributed to scientific images in our day, this rhetoric appears paradoxical (the animation of skeletons and écorchés). But that was not how anatomists and artists of the 16th century saw it. To question why anatomic figures were represented as living bodies is to ask a question whose philosophical response lies in the Humanist culture of anatomists. This response developed at the very heart of the same intellectualframework as the art theory that was built on a foundation laid by Alberti. This theory was itself influenced, by Galen and Aristotle's natural philosophy: the essential source for three-strand finalism –scientific, aesthetic, and theological– that weaves finalist anatomical rhetoric.

With the self-demonstration of the écorchés, anatomy positions itself from the start as a reflexive practice, a knowledge that is first and foremost a relationship with oneself. "Know thyself" hence proves to be the essential message of a science born of participation in the elaboration of the modern subject. From Michelangelo's self-portrait in which he is draped in Saint Bartholomew's skin (The Last Judgement, Sixtine Chapel) to recent works by artists such as Orlan, Venet, Barbier, and Quinn... the privileged relationship artists have with the imaginary of anatomy and science is revealed. Art becomes a way of subjecting oneself, a means by which a subject (all the while remaining the subject), becomes the object for himself. He thereby accomplishes the "experience of himself" that allows him to (re)define, and even to reinvent, himself.

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