Soutenance de thèse

Three Essays in Financial Networks and Shock Propagation

Résumé

Depuis la crise financière, les interdépendances entre les institutions financières font partie intégrante de l’analyse et de la politique économique. Le monde entier a appris douloureusement comment des chocs relativement petits et localisés (comme la crise des subprimes aux États-Unis) peuvent se propager par le système financier à travers le monde et générer des conséquences importantes pour l’économie réelle. Depuis lors, les analyses académiques ont cherché à comprendre les caractéristiques du système financier qui déterminent le risque systémique. Le point de départ de la majorité de ces études est de considérer la structure du réseau financier comme étant donnée. Cependant, chaque jour des quantités importantes d’instruments financiers sont échangées. Cette structure change donc. Cette thèse démontre que ces ajustements endogènes jouent un rôle clé pour la transmission de chocs par les réseaux financiers. Sur le plan théorique, la thèse construit des modèles d’équilibre général qui permettent de comprendre la formation endogène des réseaux. En effet, le réseau est le résultat d’échanges d’instruments financiers entre les institutions financières. Les analyses empiriques exploitent quant-à-elles plusieurs bases de données micro- et macro-économiques pour mesurer l’importance des mécanismes théoriques. La thèse bénéficie particulièrement des bases confidentielles et détaillées de la Banque de France. Le premier chapitre fait le lien avec l’économie réelle. Il montre comment les chocs de productivité au niveau d’une entreprise peuvent se propager par le réseau financier : deux entreprises peuvent être liées par leur financement externe même si elles n’ont pas ou peu de liens par leur activité réelle. Ces liens peuvent avoir des conséquences macro-économiques. Le chapitre construit un modèle théorique multi-sectoriel de la production avec des entreprises hétérogènes qui financent une partie de leurs dépenses en émettant des titres. Ces titres de créances sont achetés par les banques qui sont contraintes de respecter un certain ratio de capitalisation. A l’équilibre, les chocs de productivité se propagent par les réseaux financiers. Le modèle est estimé et pourra également se prêter à l’étude de la régulation macro-prudentielle et la politique monétaire. Le deuxième chapitre de la thèse exploite les données désagrégées sur les avoirs et les engagements des banques. Elles permettent d’identifier et estimer un modèle d’équilibre général d’échanges d’instruments financiers. Les banques choisissent la taille et la diversification de leurs bilans. La propagation de chocs est déterminée, non pas par le montant des investissements mais par les ajustements des bilans bancaires face à ces chocs. Le réseau a les caractéristiques clés suivantes : (i) un réseau plus connecté implique moins d’amplification, (ii) l’influence d’une banque est indépendante de la taille de ses positions, (iii) les banques qui sont plus averses au risque réussissent à diminuer leur risque, mais accroissent leur influence sur les autres banques du réseau. Sur le plan empirique, le chapitre montre que la réponse endogène du réseau est deux à trois fois plus importante pour la propagation de chocs que le réseau préexistant. Le modèle estimé permet d’évaluer les effets des programmes d’achat de titres mis en place par la Banque Centrale Européenne. Le troisième chapitre conclue la thèse avec une analyse plus agrégée. Il montre d’abord que des évolutions sectorielles, comme l’expansion de l’endettement extérieur du secteur public français, ont été à l’origine de la détérioration de la position extérieure nette de la France entre 2008 et 2014. Il fournit une représentation de réseau des liens entre les secteurs institutionnels domestiques avec l’étranger et documente leurs évolutions sur la période. La propagation des chocs sectoriels à travers les détentions de titres est étudiée dans un modèle de contagion qui est estimé grâce à la méthode de moments généralisés.

Jury

  • M. Romain Rancière (Directeur de thèse), University of Southern California
  • M. Amine Ouazad (Co-Directeur), HEC Montréal
  • M. Thomas Chaney, Institut d’études politiques de Paris
  • Mme Isabelle Méjean, Institut polytechnique de Paris
  • M. Gilles Saint-Paul, ENS Paris
  • M. Guillaume Vuillemey, HEC Paris

Informations pratiques

Date(s)
  • Lundi 2 décembre 2019 - 16:00
Lieu(x)
  • Ecole d'Économie de Paris (Paris School of Economics), salle R1-14, 48 boulevard Jourdan 75014 Paris