Soutenance de thèse

Transformer la psychiatrie pour démocratiser la société. L'héritage de Franco Basaglia dans deux services de psychiatrie de communauté, en France et en Italie

Résumé

Participer à la démocratisation de la société à travers la lutte contre la ségrégation des personnes souffrant d'un trouble mental a constitué le but d'un groupe composé de psychiatres et d'autres intellectuels qui a animé dans les années 1970, autour de Franco Basaglia, le débat sur les services alternatifs de psychiatrie. Visant à réformer les législations en vigueur, ces professionnels ont organisé dans différents pays des services de psychiatrie territoriale privilégiant l'intégration sociale des malades comme condition d'une prise en charge ne menaçant pas leurs droits. Tandis que la désinstitutionnalisation s'imposait progressivement, le mouvement contestait la reproduction des logiques asilaires dans des services territoriaux centrés sur l'hôpital psychiatrique. La création de nouveaux services remplaçant les services hospitaliers s'est accompagnée de la mise en place d'un savoir critique prenant appui sur les sciences sociales pour mettre en cause ces services, rendre la critique durable de façon à en tirer avantage pour les réadapter sans cesse. La critique de l'hôpital psychiatrique et du contrôle social a stimulé la création de nouveaux services que, au début des années 2000, l'Organisation Mondiale de la Santé a désignés comme « services communautaires ».  Notre analyse rassemble sous l'appellation de « psychiatrie communautaire » des expériences menées en Italie et France à partir d'initiatives locales que nous comparons. Dans les deux sites, les malades sont accompagnés à leur domicile par des institutions et des services communautaires qui, se fondant sur la critique de l'asile et du contrôle social, ont remplacé les services coordonnés à partir de l'hôpital psychiatrique. Nous avons questionné le rapport entre le travail quotidien des éducateurs et le dispositif central de leur travail, le logement des personnes prises en charge.    Notre travail ethnographique reconstitue le travail de prise en charge qui est guidé par des principes non cohérents avec la prise en charge des patients par une communauté territoriale. Orientés par le projet de démocratiser la société à travers la réforme de la psychiatrie, les deux services sont amenés à construire des compromis qui, dans une tout autre orientation, participent à un gouvernement par l'objectif et tendent à réorienter le travail d'assistance vers un plan exclusivement médical ou marchand. Comment le projet de démocratisation, toujours présent dans les deux sites, peut-il se maintenir dans cette nouvelle configuration et profiter de la portée créative de la critique.

Jury

  • M. Laurent Thévenot (Directrice de thèse), EHESS
  • M. Marc Bréviglieri, Haute Ecole spécialisée de Genève
  • M. Marco Cremaschi, IEP Paris
  • Mme Eliane Rothier Bautzer, Université Paris Descartes
  • Mme Livia Velpry, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
  • M. Tommaso Vitale, IEP Paris

Informations pratiques

Date(s)
  • Lundi 16 décembre 2019 - 09:00
Lieu(x)
  • Salle Alphonse-Dupront (10 rue Monsieur-le-Prince 75006 Paris)