États généraux de l’édition en sciences humaines et sociales : rencontre avec Étienne Anheim et Livia Foraison

L’École des hautes études en sciences sociales et les Éditions de l’EHESS organisent les 17 et 18 juin prochains les États généraux de l’édition dans le domaine des sciences humaines et sociales (livres et revues, papier et électronique, public et privé), qui mettent l’accent sur les liens avec la recherche. L’objectif est de construire un espace commun de dialogue pour prendre la mesure des mutations intellectuelles, techniques et socioéconomiques du monde de l’édition survenues depuis le début du XXIe siècle et de leurs conséquences.

Étienne Anheim (directeur scientifique) et Livia Foraison des Éditions de l'EHESS présentent les États généraux des étitions.

Pouvez-vous nous présenter les Éditions de l’EHESS ?

Les Éditions de l’EHESS sont un service directement rattaché à la présidence de l’École, à la différence d’autres structures éditoriales privées ou d’origine publique dont le statut est autonome (SARL, etc.). Il s’agit donc d’une véritable maison d’édition qui reste néanmoins insérée au cœur même de la recherche et de l’institution publique qui la soutient. C’est le sens même de sa mission : défendre et illustrer la recherche en train de se faire en la rendant accessible, c’est-à-dire lisible, dans tous les sens du terme. Les Éditions publient près d’une vingtaine d’ouvrages par an, mais aussi près d’une dizaine de revues de référence dans les différents domaines des sciences sociales. Tous les corps de métier liés à l’édition sont représentés en son sein, de la préparation éditoriale à la diffusion, en passant par le graphisme, la gestion financière, celle des stocks ou encore le développement international. Avec les Éditions, l’EHESS abrite aujourd’hui l’une des principales maisons d’édition universitaire en langue française.

Et pouvez-vous nous dire ce que sont les « États généraux de l’édition en sciences humaines et sociales » que vous organisez les 17 et 18 juin prochains ?

Il s’agit d’une rencontre dont l’idée a été lancée par Christophe Prochasson, lui-même ancien directeur des Éditions de l’EHESS, lorsqu’il a été élu président de l’École. Pendant deux jours, à l’invitation des Éditions, auront lieu au 105 boulevard Raspail des tables rondes et des ateliers dont l’objectif est de proposer un état des lieux de l’édition en sciences humaines et sociales, un domaine aujourd’hui en plein bouleversement. Il ne s’agit évidemment pas de parvenir à un résultat définitif, mais plutôt de lancer une réflexion sur l’avenir de l’édition dans nos domaines de recherche. Si nos échanges sont féconds, cette discussion a vocation à se prolonger dans les prochaines années par des rencontres thématiques régulières. En prenant en charge l’organisation intellectuelle et matérielle de cet événement, l’École et ses Éditions ont souhaité marquer leur intérêt pour un domaine essentiel pour la construction et la diffusion du savoir dans le monde contemporain.

Au-delà de cette perspective générale, quels sont les enjeux concrets de cette rencontre ?

Pour nous, le principal enjeu consiste à permettre au plus grand nombre de protagonistes de confronter leurs points de vue et de les porter plus particulièrement à la connaissance des chercheurs et des chercheuses en sciences humaines et sociales. En effet, le marché du livre a été profondément modifié depuis une vingtaine d’années, à mesure du développement de la publication numérique et des transformations économiques et techniques du monde éditorial. Cette évolution a également un impact direct sur les pratiques savantes et sur les carrières des chercheurs. Malgré l’importance de ces transformations, ces questions sont souvent restées cantonnées à des discussions entre spécialistes, sans toujours recevoir un écho suffisant dans la communauté de la recherche, et plus largement chez les lecteurs et les lectrices. Alors que le monde de l’édition se trouve à la croisée des chemins, notre priorité est de partager nos expériences intellectuelles et professionnelles et de réfléchir ensemble aux meilleurs moyens de conserver la maîtrise des évolutions en cours.

Qui sont les acteurs de ces États généraux ?

Si l’École et les Éditions ont souhaité prendre la responsabilité de l’organisation de cette rencontre, sa genèse a été en revanche accompagnée par de nombreux échanges avec des acteurs très différents, représentant des métiers et des approches variés. Cela nous a permis de proposer la vision la plus large possible de l’édition en sciences humaines et sociales. Nous avons invité des chercheurs et des chercheuses en sociologie, économie, histoire, sciences de l’information et de la communication, dont les travaux portent sur le monde de l’édition, de manière à apporter des éléments analytiques et réflexifs au débat. Mais nous avons aussi voulu la présence d’éditeurs et d’éditrices venant du privé, à côté d’une majorité issue de l’édition publique, ainsi que des professionnels liés aux revues, aux bibliothèques, aux librairies ou encore aux institutions de recherche. Même s’il existe des déséquilibres que nous aurons à cœur de corriger dans les prochaines années, nous avons la satisfaction de recevoir un vaste panel d’acteurs engagés dans l’édition savante en sciences humaines et sociales.

Et pouvez-vous pour finir nous dire un mot du programme ?

Nous avons choisi de mettre en avant quatre thématiques lors de tables rondes plénières, dans le grand amphithéâtre. Elles sont consacrées aux modes de publication (articles, essais, thèses, ouvrages collectifs), aux modèles économiques, aux liens de l’édition avec l’évaluation scientifique et avec la bibliométrie, et enfin au rôle des réseaux sociaux, des archives ouvertes et des plateformes en ligne dans la diffusion de la recherche. Chaque table ronde permettra à plusieurs spécialistes de la question de s’exprimer avant un débat collectif. En complément, des ateliers parallèles sont organisés autour d’autres enjeux actuels de l’édition, comme la fouille de textes, les questions de déontologie et de plagiat, le cadre légal et ses évolutions, la standardisation de la production éditoriale, les pratiques de lecture, la traduction, la professionnalisation des métiers éditoriaux et l’organisation du travail, et enfin le devenir des revues. Notre but n’est pas d’épuiser un sujet aussi vaste, mais de parvenir à une première cartographie des priorités collectives et des questions ouvertes. Il est urgent que la communauté éditoriale et scientifique s’approprie ce débat !

Pour retrouver le programme détaillé, une bibliographie et toutes les informations nécessaires, voir editionshs2019.sciencesconf.org