L'EHESS contre la hausse des droits d'inscription pour les étudiants extracommunautaires

Les directions de centres de recherches, les responsables de formation de l’EHESS et les représentants des personnels aministratifs et de soutien à la recherche ont exprimé leur opposition ferme au projet sur les droits d’inscription universitaires pour les étudiants hors UE.

Christophe Prochasson, le président de l’EHESS, a dénoncé publiquement une « mesure brutale et cyniquement comptable » relevant d'un « raisonnement à courte vue ». « Derrière cette petite manne financière, a-t-il expliqué, le risque est de dévitaliser scientifiquement et intellectuellement notre pays. »

L'EHESS demande le retrait de la mesure et étudie tous les moyens légaux afin que ses étudiantes et étudiants extracommunautaires ne subissent pas l'augmentation des frais d'inscription.

Le Conseil d'administration et le Conseil scientifique de l'EHESS, réuni en formation plénière respectivement le 4 et le 21 décembre 2018, ont adopté à la majorité la déclaration publique ci-dessous :

Déclaration des directions de centres de recherches et des responsables de formation de l’EHESS contre le projet sur les droits d’inscription universitaires pour les étudiantes et étudiants hors Union européenne

Le gouvernement prévoit de multiplier par dix ou quinze les droits d’inscription universitaire pour les étudiantes et étudiants hors Union européenne nouvellement inscrits dans un cycle. Si le décret est promulgué, ceux-ci seront dès la rentrée 2019 contraints de débourser annuellement 3 770 euros en master et en doctorat (contre 243 euros en master et 380 euros en doctorat actuellement). Cela créera de nouvelles inégalités intolérables entre les étudiantes et étudiants en fonction de leurs origines géographiques.

Ce projet a pour objectif, selon ses promoteurs, d’attirer en France davantage d’étudiants et d’étudiantes. Mais quoi qu’en dise le gouvernement, cette mesure discriminatoire aura un effet dissuasif immédiat. L’EHESS, ses formations et ses laboratoires seront particulièrement pénalisés : en 2017-2018, un tiers de ses étudiantes et étudiants viennent de pays hors UE (29 % d’Amérique latine, 26 % d’Asie, 17 % d’Afrique). Ce péril n’affectera pas que les formations spécialisées en “aires culturelles” : tous les laboratoires accueillent et forment de jeunes chercheuses et chercheurs internationaux. Ce ne sont pas les 8 000 bourses supplémentaires annoncées (sans garantie de pérennité) qui pourront compenser cette augmentation massive des frais d’inscription, en raison de leur nombre dérisoire au regard des 300 000 personnes concernées.

À l’EHESS, les étudiants et étudiantes internationales apportent, par leurs travaux et collaborations, une contribution essentielle au dynamisme de la recherche, à son rayonnement et au développement de ses partenariats. Nous nous opposons donc à un projet qui, loin de favoriser l’accueil et les conditions d’étude de ces étudiants et étudiantes, les compliquerait encore davantage.